Time is the Death and the Healing
Take your last breath 'cause Death is deceiving
Time is the Past, Now and Tomorrow
Days fly so fast, it leaves me so hollow

 
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 Ne jamais voir que ça...

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Saedis Himinn
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MessageSujet: Ne jamais voir que ça...   Sam 16 Aoû - 22:42

La mère de la débauche n'est pas la joie mais l'absence de joie.
[Friedrich Nietzsche]




Un trait sous les yeux pour en faire ressortir la couleur, une bouche rouge. Des regards, quelques mots échangés, une liasse donnée discrètement, quelques pas dans un escalier, l’ouverture d’une porte puis son verrouillage. Des bruits de gloussements, d’étoffes jetées au sol sans cérémonie puis… La vraie raison de cet argent, gémissements et autres manifestations à censurer. Deux heures après, un bruit de talons étouffé par une moquette pourpre bon marché, la porte qui s’ouvre.

Un soupir, une fuite vers un appartement discret. La demoiselle retire ses artifices, jusqu’au dernier et tente de faire ruisseler chaque marque de cet homme de sur elle. L’eau brûlante fait rougir sa peau délicate tandis que son front s’appuie sur le carrelage froid de la cloison.

La nuit est bien avancée et pourtant, elle se laisse tomber lourdement dans les bras de Morphée, peu soucieuse de sa tenue qui se résume à bien peu de choses. Elle frisonne, gémit dans son sommeil torturé puis s’éveille, quelques heures après…



***


10h. Petit déjeuner rapide, un peu de thé, un morceau de concombre croqué à la va-vite. Maquillage, habillage, en suivant des règles bien précises, comme d’habitude.

*Saedis, regarde moi ce visage, il va falloir sérieusement faire quelque chose.*

Par sa fenêtre, elle voyait la Place des Lanternes Rouges qui semblait si inoffensive lorsque le soleil dardait ses rayons. Même si le temps était plutôt gris, ce jour là. Elle opta pour un ensemble complet de lingerie, mais ça, c’était une habitude. Une jupe assez courte, des bottes à talons hauts, un corset finement lacé. Rien de bien extraordinaire, en somme. Saedis s’observa longuement dans la glace. Ravensburg avait fait d’elle une douce et attirante enveloppe qui se faisait vide, ces temps-ci. Elle n’avait plus trop le cœur à son travail mais refusait de toucher à ces maudites drogues. Ca vous donnait la nausée et des hallucinations bien trop embêtantes. Elle supportait tout, les pieds sur terre. Non, les jambes en l’air.

Attrapant une veste, elle sortit.

Elle descendit jusqu’à la place des Lanternes, comme d’habitude, croisa quelques filles qu’elle connaissait… Bien sûr, des filles qui avaient achevé leur « service » comme on aimait tant dire ici. L’argent avait du couler à flot, vu quelques mines réjouies et les yeux emplis de fatigue et d’une lubricité décroissante. Une courte nuit, parfois même blanche.

12h. Il lui restait une heure avant de prendre son service au bar en tant que serveuse. Les horaires étaient assez agréables, en soi. Serveuse dans l’après-midi, de temps en temps sur scène en soirée, quand ça chantait au patron. Et enfin, charmeuse à prix d’or la nuit. D’ailleurs… Elle plongea la main dans son corset pour en sortir la liasse de billet qu’elle avait pris afin de les compter. L’Islandaise entra dans le bar et se plaça derrière le bar, un peu en retrait. Elle commença, sans se gêner, à déposer un à un les billets sur le comptoir. Une bonne soirée, un homme haut placé sans doute.

Elle rangea la plus grosse partie dans son corset et garda une part de côté. Normal, la part du patron, comme elle adorait l’appeler. Elle décida de prendre son service plus tôt. A l’étage, des bruits de retardataires de la nuit se faisaient entendre, calfeutrés. Saedis avait appris à oublier ce genre de détail et faire son travail, point. Saedis retira sa veste, laissa son regard glisser sur la scène vide et non éclairée. Pourtant, ce soir, des corps d'éfeuilleuses allaient y onduler comme des anguilles. C'était assez amusant de se dire quel contraste il y avait entre le jour et la nuit, surtout dans cet univers de la prostitution et des strip-teases.

Les clients n’étaient pas très nombreux mais c’était suffisant. Ce cabaret respirait le vice à plein nez, la bière et le vin. Les lumières tamisées donnaient réellement l’impression d’être de retour au XVIIIe ou XIXe siècle. Mais quelle idée, elle n’y avait jamais été. Elle leva les yeux au ciel, servant un homme qui lui demandait, pour une fois, un café.

La porte s’ouvrait peu, si bien que chaque entrée attirait les regards. Surtout des "mâles", les femmes étaient souvent employées de l'endroit. Non, les femmes étaient vicieuses chez elles et n'avaient pas besoin de se payer les services d'une fille de joie. C'était tellement plus distingué de paraître Sainte Nitouche en dehors et d'être une perverse en dedans.
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XIII
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MessageSujet: Re: Ne jamais voir que ça...   Dim 17 Aoû - 0:24

La lourde porte du Bar-Cabaret s’ouvrit soudainement, tirant les clients rêveurs comme le personnel de l’atmosphère irréelle qui flotte toujours en tel lieu. Le genre d’atmosphère qui donne tout son charme aux arrières salles de magasins chinois transformés en fumeries d’opium, où l’on chasse le dragon des heures durant, alangui et habitant d’un autre monde. L’éphémère et l’illusion avait tout autant cours ici que dans ces endroits à l’autre bout de la planète.

Débauche.

C’était bel et bien le maître mot. Et tous s’y adonnaient timidement en ce milieu de journée. Certains finissaient une nuit bien remplie, d’autres entamaient leur ballet rituel en prenant un petit verre en compagnie des charmantes hôtesses qui se transformeraient en redoutables séductrices suceuses de pognon (mais pas que…) à la faveur de la lune. Des garous d’un type bien plus attrayant que les loups des contes, cependant au moins aussi dangereux.

La douce rêverie qui berçait chacun dans la salle principale s’éteignit subitement, de concert avec le bruit de la porte qui résonna durement, son presque dissonant au beau milieu de la mélodie des rires et des murmures. Vint ensuite l’expression inénarrable des clampins en costume trois pièces accoudés au bar ou assis dans les confortables fauteuils clubs disposés tout autour des tables. Les pingouins se figèrent et leurs visages semblaient tous dire sans exception : Mais qu’est-ce que c’est que ce… truc ?

La seconde pensée elle, se rapprochait certainement plus de ça : Sécuritééééé !

Spoiler:
 

« Comment diable peut-on laisser rentrer tel individu dans un club privé ? Le laxisme de notre époque est véritablement consternant. »

Ouï-t-on haut et fort sortant de la bouche d’un des crétins venus dépenser leur fric dans l’espoir de pouvoir se bercer suffisamment de l’illusion d’être aimé par ses beautés achetées, pour ne pas s’endormir en souffrant trop âprement de la solitude en rentrant se coucher seul. Ou auprès d’une légitime qui ne les aimait elle aussi que pour le pognon qu’ils dépensaient allègrement dès qu’un membre du beau sexe les approchait. L’invité ne répliqua pas, se contentant d’un petit sourire et d’une démarche nonchalante dont les pas bottés de lourd cuir noir le menaient indubitablement vers le bar. L’homme qui avait laissé éclater son indignation n’en parut que plus outré, sa bouche en cul de poule grand ouvert pour gober des mouches immatérielles. Il s’en retourna à son whiskey et ne l’ouvrit plus, à part pour l’avaler avec un air contrit des plus comiques.

C’est vrai que la tenue du dernier à avoir pénétré le Saint des Seins dénotait plutôt avec l’uniforme de rigueur. Smoking et chemise blanche contre maillot noir déchiré à motif toiles d’araignées et pantalon extra-large, flanqué de lourdes chaînes et d’assez de poches pour transporter sa baraque entière au moindre déplacement. Un mélange entre un punk, un goth et une tortue… de quoi surprendre ces messieurs. Surtout que le gus se déplaçait avec l’air d’être ici chez lui, naturel, décontracté et un poil hautain. Voir railleur. Sans compter les multiples bijoux de métal sur sa figure et les dessins à l’encre qui ornait ses bras ainsi que la moitié gauche de son visage aux traits fins mais rigides.

Une personne ne sembla pas du tout surprise de voir l’épouvantail déambuler dans l’établissement comme un lion en terrain conquis. XIII se dirigeait maintenant vers elle, la fixant du regard sans autre expression sur le visage qu’une neutralité totale. Ah ! l’Islandaise au regard bleu comme les fjords. Une de ses favorites, sans conteste. Travailleuse, toujours impeccable avec les clients qui eux aussi l’adoraient… et qui plus est, physiquement intelligente comme disent certains. Le look entre la poupée et la dame victorienne qu’elle arborait toujours était empli d'un parfum à la fois élégant et désuet qui faisait certainement partie des raisons de son succès. Il avait vraiment eut de la chance qu’elle gâche sa beauté et son intelligence en vendant ses charmes… le malheur des uns… inutile de dévoiler la suite de l’adage n’est-ce pas.

Eike garda cette réflexion pour lui alors qu’il prenait place sur un tabouret juste en face de la belle de nuit. Pas un mot. Juste un sourire aussi fugace que sincère cependant. Allait-elle encore penser qu’il n’était là que pour récupérer sa part sur les gains de la nuit précédente ? C’est dingue ce que ces jeunes femmes peuvent être méfiantes tout de même… avait-il tant que ça l’air d’un voyou ? A bien y songer… complètement. Cette pensée le fit brièvement sourire à nouveau, avant qu’il ne retrouve son air de pur citoyen Suisse la seconde suivante.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Ne jamais voir que ça...   Dim 17 Aoû - 2:12

Bien sûr, il n'y en avait qu'un pour faire réagir de la sorte les puits à fric de Ravensburg. Lorsque l'un d'eux intervint, la jeune demoiselle se retourna pour étouffer un rire moqueur. Il était certain que ce jeune ? homme avais des goûts vestimentaires peu communs qui pourtant, n'étaient pas pour déplaire à la chaude damoiselle du froid. Soupirant légèrement, elle se tourna vers un homme qui lui commandait une bière et posa sur le comptoir le verre ainsi qu'un morceau cartonné juste sous le pied. Même pas un merci, juste un regard de loup vers un agneau. Elle siffla entre ses dents, juste pour elle :

"Dégoûtant personnage."

Son Patron, elle l’aimait beaucoup, même si en elle même, elle se disait qu'il ne la voyait que comme un moyen d'avoir des sous, c'était normal, tout le monde en avait besoin. Et pourtant... Son sourire aussi discret que touchant pour la serveuse, la fit se détourner légèrement. Elle vivait, ici, comme dans son propre appartement, en somme. Elle s'y sentait bien, malgré que cela puait la luxure et les faux-culs mielleux. Affreux. Ses pas la menèrent jusque devant lui, ses yeux, mélange d'une forêt équatoriale et d'un océan amer, se posèrent avec douceur sur son "employeur". Sa voix murmurante, uniquement destinée à lui, peut-être trop suave, trop grave, s'envola. Sa voix s'insinuait dans votre oreille comme un miel épais et chaud. Une voix de parfaite charmeuse, en somme. Envoûtante à souhait. Qu'elle se supportait plus pourtant.

"Je vois que vous faites toujours le même effet sur la population gangrenée qui renfloue vos caisses, Patron. Quelle tolérance, c'est fou."

Elle se redressa et sembla se tortiller quelques secondes pour décoincer les billets de sous les lacets de son corset, une superbe cachette, n'est-elle pas ? Soudain, ses yeux s'éclairèrent d'un "Eurêka" silencieux et elle tira la liasse, victorieuse. Sans attendre, elle déposa le butin sur le comptoir, sans cérémonie, poursuivant sur le même ton.

"La part était, ma foi, plutôt grasse, la votre l'est donc tout autant, j'espère que vous me pardonnerez d'en garder quelques billets, il me faut de nouveaux appâts, ou plutôt, de nouveaux filets, à cacher sous le peu de vêtements de que je porte."

Son timbre typiquement nordique prit soudain une teinte si cinglante qu'elle s'en étonna elle-même. Elle se reprit, il ne fallait pas paraître désagréable, ça pouvait vous faire passer quelques milles et cents sous le nez en quelques secondes. Même si le Patron, en principe, ne la payait pas lorsqu'il buvait à son propre comptoir.

"Bien. Qu'est-ce que je vous sers ? De la vodka est arrivée."

Un homme, à l'autre bout du bar, réclamait depuis quelques secondes un whisky, sans qu'elle l'ai remarqué. Elle se retint de devenir cramoisie et servit cette homme qui ne manqua pas de pester sur la serveuse qui était, je cite "qu'une petite pu** qui ne savait même pas servir comme il fallait, maladroite, qui méritait uniquement qu'on la rosse sur la table et qu'on lui retire ses vêtements pour l'humilier..." Charmant. Souris, Saedis, souris... Mais bien vite, son sourire se brisa, laissant place à un visage plus proche de celui d'une harpie qui se retient d'attaquer. Elle releva vers lui un regard meurtrier tandis qu'elle terminait de le servir, plus pingre que jamais, vengeance.

Elle pouvait devenir un véritable poison lorsqu'on l'énervait. Surtout lorsque c'était un homme en costume/cravate, sa serviette à ses pieds. C'est la mine renfrognée qu'elle revint auprès du Maître de ces lieux, grognant en Islandais quelque chose qui pouvait se traduire en "Non mais pour qui ils se prennent, ces pervers de mes deux, ils sont bien contents de m'avoir pour se vider." Une Géhenne dans les yeux, elle reporta son attention sur le Patron et se força à sourire. Ca en devenait fatigant.


"Ah, ces clients, tellement... Difficiles, ces temps-ci. Donc, je vous sers quoi ? Un scotch ? Ou un cocktail spécial peut-être ?"

Elle lui lança un petit sourire, plus franc, il y avait là une simple petite subtilité, ses très légères fossettes qui se creusaient et ses yeux qui se plissaient, si peu que seules quelques personnes saisissaient le subtil changement. Saedis observa toute la salle d'un oeil légèrement distrait, toujours attentive à chaque mouvement de l'homme qu'elle avait sous les yeux et qu'elle gardait presque à la manière d'un chien de chasse. Non, quand même pas.

Pourquoi fallait-il qu'elle se questionne si souvent, ça en devenait gênant. Et encore une fois ! Exaspérant. Son sourire était encore légèrement présent, une habitude, mais ses fossettes s’étaient remplies de nouveau, signe de ce côté feint.


Dernière édition par Saedis Himinn le Dim 17 Aoû - 13:35, édité 1 fois
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XIII
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MessageSujet: Re: Ne jamais voir que ça...   Dim 17 Aoû - 13:26

Et voilà ! Comme toujours, l’elfe botté venu du Nord avait sortit une (assez conséquente) liasse de billets avant même qu’Eike n’ait ouvert la bouche pour expliquer les raisons de sa présence. S’il se retint de soupirer et ne fit aucune réflexion désobligeante, ce ne fut que parce que la demoiselle avait une manière unique de s’exécuter. Planquer son butin au fin fond de son corset, c’était si… mignon. Tellement « old fashion » que cela donnait un cachet supplémentaire à une jeune femme qui ne manquait déjà pas de particularités. Elle-même, encore innocente si l’on peut user de ce terme pour une courtisane des temps modernes, était loin de se douter à quel point elle était… différente. Son boss lui, le savait mieux que quiconque par contre. Le corbeau sans ailes était venu se poser auprès de la belle aujourd’hui avec la ferme intention de faire de cette journée un moment inoubliable. Point de fleurs ou de bijoux, ou encore de dîner romantique… Peut-être cela aurait-il plût à Saedis. Il n’en savait rien et ne s’était jamais posé la question. Pas client. Protecteur. Bientôt guide, aimant à s’amuser avec l’incrédulité et les difficultés de ses brebis. Cela dit, dîner avec elle… Non, pour aujourd’hui, la surprise serait plus dérangeante qu’agréable. Eike se dit qu’il se rattraperait… plus tard. Mmmm… étrange pensée. Quoi que…

Après tout, il l’avait appréciée dès le premier jour et les résultats aussi exceptionnels que récurrents de la poupée, ainsi que son attitude envers lui, n’avaient fait que renforcer le statut de privilégiée qu’elle avait à ses yeux. Ça l’ennuyait presque de l’attirer bientôt dans un monde encore plus glauque que le premier où ils se rencontrèrent. Enfin… les affaires sont les affaires. Et il n’avait aucunement l’habitude de s’embarrasser d’un sentimentalisme geignard, aussi superflu qu’handicapant lorsque l’on était tel que lui.

Une voix qui persifla des paroles tout à fait inacceptables retentit à point nommé, tranchant avec le timbre profond et séduisant de la nordique, pour le tirer de ses réflexions un peu trop envahissantes et sources à coup sûr d’emmerdes monumentales à venir s’il les laissait trop s’installer dans un coin de sa caboche.


« … vraiment une espèce de petite pu** qui ne sait même pas servir comme il faut. … mérite juste qu'on la rosse sur la table et qu'on lui retire ses vêtements pour l'humilier..."


Professionnelle jusqu’au bout des ongles, Saedis s’en alla servir le goujat avec aux lèvres, un sourire fabriqué de toute pièces mais que n’importe qui aurait prit pour une invitation à une intimité fort tentante. Aucun doute, elle connaissait son boulot. XIII aurait été soufflé une fois de plus s’il n’avait pas éprouvé une peine soudaine à la voir traitée ainsi par des types qui se pensaient tellement supérieurs à elle parce qu’ils achetaient son corps. L’humain est véritablement stupide et sa capacité à s’illusionner est sans limites… Il allait falloir remettre Monsieur Je Pète Plus Haut Que Mon Cul à sa place. C'est-à-dire dans la fange. Autant pour l’honneur de Saedis que pour le sien en tant que patron. Mais il n’avait aucun intérêt à faire un esclandre dans le bar, ni l’envie de se salir les mains. Non pas que la jeune femme n’en valait pas la peine. Chaque strate sociale à ses codes, et la réplique appropriée dans celle-ci ce nommait Panzer. Mesurait 1m92 et pesait à vue de nez plus de 110 kilos. Des mains comme des battoirs et un cou de taureau. S’en était limite burlesque de voir le géant engoncé dans son costume à la James Bond, lui qui tenait plus du Berserker que du gentleman. Un signe de la main discret, un autre de la tête vers l’extrémité du bar pour désigner l’impoli qui allait regretter ses paroles… et la montagne se mit en marche. Regard en coin et nouveau sourire vers Saedis, l’invitant à profiter du spectacle qui allait débuter dans…

5… 4… 3… 2… 1…

« Votre présence n’est plus désirée au sein de cet établissement, Monsieur. Puisque vous semblez ignorer les notions de respect et de standing qui y sont attachées. Veuillez quitter votre siège et sortir. »

« Pardon ?! A cause de cette pétasse ? A qui vous croyez parler et pour qui vous vous prenez… Vous savez combien j’ai dépensé depuis une heure que je suis ici ? Incroyable… Je vais… »


Il n’allait rien du tout à vrai dire. Panzer l’attrapa par le col, suite à une procédure bien rodée qui veut que politesse une fois, rudesse si l’on ne comprend pas. L’énervé pendait maintenant au dessus du sol et se vit ensuite raccompagné manu-militari à la porte et projeté direct sur le trottoir, avec une force qui rendit son baiser avec le béton inoubliable pour quelques semaines. L’hôpital serait sans nul doute sa prochaine destination.

Eike soupira en posant un regard franchement désolé sur Saedis.

« Une vodka s’il te plaît. Et prends toi un verre aussi, tu es en pause à partir de maintenant. Tu vas me montrer comment on boit là d’où tu viens… »

dit-il en désignant le tabouret libre à côté de lui. Accepterait-elle l’invitation parce qu’il est le patron et qu’on ne refuse rien au patron, ou parce qu’elle en aurait envie ? C’était ce qu’il y avait d’ennuyeux dans les rapports avec les employés… on ne savait que rarement ce qui les motivaient. Remarquez, il ne posait jamais non plus la question. Toujours est-il que c’était entre autre pour ce motif qu’il n’avait jamais eut de relation plus « privée » avec aucune de ses filles. Pourtant, ce n’est pas rare que les proxénètes se servent et profitent de la marchandise. Pas lui. D’une il ne les voyait pas comme des morceaux de viandes faites pour satisfaire les fantasmes et se taire, de deux… le perfide et inévitable questionnement sur les motivations profondes de la fille lui aurait laissé un arrière goût bien trop amer. Inutile de passer une magnifique nuit si c’était pour qu’elle se termine de toute façon entâchée par le doute aux premières lueurs de l’aurore.

Sans raison apparente, juste parce qu’il avait besoin de parler pour couper court aux pensées - aussi agaçantes qu’une nuée de mouches à merde – qui tournoyaient à nouveau dans son esprit, Eike ajouta à l’adresse de sa désormais invitée :

" Merci pour l’argent. Tu as encore fait des merveilles on dirait." Sifflement impressionné devant la taille de la liasse. " T'es tombée sur qui cette fois, le Prince du Danemark ? Enfin... peu importe qui ils sont, tant qu'ils paient... Par contre, ta part... tu ne la dépenses pas aujourd’hui et surtout pas pour le boulot. Je t’emmène faire du shopping une fois nos verres vides. »

Le ton était des plus banals. Comme s’il avait dit ça sans y penser, spontanément. Il en allait autrement… Le patron avait envie de faire plaisir à sa meilleure employée, d’effacer l’offense faite par un indélicat abruti par l’eau de javel l’instant d’avant. Peut-être aussi d’anticiper sur une pilule qui allait être difficile à avaler…
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Ne jamais voir que ça...   Dim 17 Aoû - 14:16

Elle capta le regard de son Patron, ne le comprenant pas immédiatement mais lorsqu’elle vit l’homme digne d’un géant du Ragnarok, elle ouvrit grand les yeux et sa bouche s’entrouvrit de stupeur, sans doute.

Abasourdie.

Voilà le seul qualificatif qu’on pouvait donner à Saedis lorsqu’elle observa la scène d’un œil presque aussi rond qu’une bille. D’habitude, les clients ne se faisaient pas sortir, de la sorte tout du moins. Le choc fut rude, un bruit proche du craquement raisonna de sous le costume trois pièces de l’homme. Elle réprima un frisson, peut-être était-ce le contrecoup ou l’idée d’être à sa place. Sae était vraiment trop compatissante parfois.

Son regard glissa sur les autres hommes de la salle qui observaient la porte puis Panzer, tremblants comme des chiens devant un prédateur qui joue à les effrayer. Jouissif que c’était ! Un sourire presque malsain menaça de se frayer sur les lèvres de la jolie Islandaise. Mais non, rester souriante, fraîche et agréable, comme un rayon de soleil. Quelle blague, mais quelle blague…

Elle resta un moment sans bouger, les mains ayant trouvé l’évier qui se trouvait derrière le bar comme pour se raccrocher à la réalité. Ses ongles crissèrent discrètement sur l’aluminium. La serveuse acquiesça simplement aux indications de son patron. Elle prit un verre à vodka pour son Patron et s’interrogea sur la façon dont elle allait pouvoir remplacer le bloc de glace qu’ils utilisaient parfois pour boire en Islande. A moins que… Elle allait tenter quelque chose. Pas question de boire un grand verre, elle n’avait que peu mangé le matin même et elle ne tarderait pas à délirer si un peu d’alcool s’en mêlait. Elle attrapa un demi pour la bière et un shot. Elle versa généreusement de la glace pilée dans le demi et y fit lentement avec son doigt un creux susceptible d’accueillir le plus petit verre. L’Islandaise versa généreusement de la vodka au Patron qui venait juste de lui annoncer une partie de shopping. Commençant à verser le liquide transparent dans le petit verre, elle releva la tête et ouvrit de grands yeux, ne se rendant pas compte que la vodka continuait de couler dans le shot sur le point de déborder.


« Ah me… Hum. »

Elle acheva cette phrase tout à fait incompréhensible par un petit sourire gêné. Il était temps qu'elle apprenne à se concentrer.

Elle hésita ensuite… Passer comme une barbare au dessus du comptoir ou faire le tour… Elle opta pour la seconde option, prit place sur labouret de bar, laissant une pied à terre et remontant l’autre pour qu’il trouve l’appuie pied.


« Le Prince du Danemark ? Ah, peut-être pas quand même. Mais en tout cas, il avait les bourses pleines. »

Elle leva les yeux au ciel avec un sourire, tout à fait consciente du sublime sous-entendu fait. Que de subtilité, c’était assez amusant, en soi. Pleine de soupçons, elle plissa ses yeux soulignés et surlignés de noir avant de demander d’une voix qui trahissait fortement son étonnement et ses interrogations intérieures…

« Vous avez quelque chose à me demander de spécial pour m’emmener faire les boutiques ? Vous voulez que je travaille au cabaret plus que prévu ? Ou non, vous voulez que je prenne plus de clients, la nuit ?»

Saedis eu un petit sourire et porta son attention sur sa vodka qui semblait juste assez froide pour attérir dans son estomac blindé à ces types d’alcool. D’ailleurs, elle ne lui laissa même pas le temps de répondre à ses soupçons, comme si au final, elle n’avait demandé ça que pour se libérer d’un poids.

« Bien, en Islande, on dit Santaka Na, et au Danemark, on dit Skol.»

Achevant cette courte explication, elle prit le petit verre au creux de la glace (un peu trop plein, d’ailleurs) et le leva légèrement afin d’examiner l’aspect à travers le verre givré. Ne pas renverser. L’odeur de vodka s’imprégnait vite dans les vêtements et attaquait aussi les haleines pour leur donner ce côté frais mais tout aussi agréable ou envoûtant qu’un cocktail de fruits exotiques. La vodka n’avait rien à envier à ces whisky et autres campari ou même aux eaux de vie.

« Santaka Na ! »

Elle porta le verre à ses lèvres rouges et l’avala d’un trait avant de le reposer dans la glace. Aucune grimace, même pas un frisson. Comme si elle était habituée à boire des alcools aussi forts. Ou peut-être bien était-elle rodée. Une chose était sûre, certains n’avaient pas perdu une miette de la demoiselle avalant cul sec ce shot remplis à ras bord, sans une expression de dégoût ou de refus.

« C’est pas la meilleure vodka que j’ai eu dans la bouche mais elle n’est franchement pas mauvaise. Encore une russe. »

Elle releva ses yeux dont les pupilles étaient agrandies par l’atmosphère feutrée et les planta au fond de celles de son Patron.
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MessageSujet: Re: Ne jamais voir que ça...   Sam 23 Aoû - 12:37

O.K.

Ne surtout pas laisser paraître que son trouble te trouble.

Encore un peu et Eike se retrouvait avec une pensée à rallonge des plus encombrantes pour garder sa contenance, tandis que la barmaid first class servait les liqueurs enivrantes. Dans des quantités raisonnables, histoire de préserver la décence. Sur tous les plans ? Les yeux aciers rivés sur la jeune femme - apparemment au comble de la concentration – lui trouvaient plus de charme que jamais. C’était d’ailleurs aussi le cas de nombreux clients, qui observaient le manège limite la bave aux lèvres et en fantasmant secrètement d’être à la place du vis-à-vis de Saedis. Une soudaine pulsion s’empara du patron. L’envie de se retourner et de magistralement leur tirer une langue narquoise se fit jour en lui et imprima une sensation délicieuse en son sein.

Privilégié.

C’est exactement ainsi qu’il se sentait sur l’instant. Et il y avait de quoi. Elle était tout bonnement adorable, a calculer ses gestes pour paraître maîtresse de la situation. N’aurait plus manqué qu’un petit bout de langue sortie distraitement, voir le regard louchant avec application sur le shot perdu au milieu des glaces… comme une enfant qui se concentre pour ne pas dépasser en coloriant l’intérieur d’un immonde perroquet ou autre dessin de maternelle.

Une enfant.

Elle lui apparaissait parfois ainsi, la petite courtisane perchée sur ses talons aiguilles. Comment allait-il pouvoir … Un soupir discret s’échappa de sa bouche percée. Habituellement, il connaissait nettement moins bien ses victimes. Cela facilitait sans nul doute les choses. Bien que le Cavalier ne se soit jamais posé la question. Jusqu’à Elle. Qui lui faisait à la fois remarquer une faiblesse présente en lui jusqu’ici ignorée et que le temps passait vite. Trop vite. La situation avait trop longtemps trainé… Il fallait mettre fin à l’idyllique relation patron-employée ou encore protégée, car il est vrai qu’il faisait plus cas de Saedis que d’aucune autre de ses filles.

La réflexion badine et porteuse d’un énorme double sens que la donzelle lança d’un air innocent le fit revenir sur terre. C’était ce qu’il préférait sans doute chez elle… l’innocence qui côtoyait la décadence. Mélange a priori impossible mais qu’elle incarnait avec une perfection phénoménale. Eike retint un rire, qui se mua en un large sourire en coin, signe de son appréciation devant le jeu de mot de la belle. Son sourire demeura lorsqu’elle porta un toast en Islandais et avala le verre d’un trait, l’air de rien, comme s’il s’était agit d’eau plate banale et rafraîchissante. C’était tout Sae’, ce genre d’attitude. Elle s’ingéniait à ne rien laisser paraître, faisait en sorte d’avoir l’air forte en toutes circonstances. Un peu comme lui. Il le fallait bien, vu le milieu dans lequel ils exerçaient leur talents…

La main du patron s’empara de son verre et son regard quitta les atours séduisants de sa compagne pour plonger au fond du liquide givré. En même temps que son esprit plongea au fin fond de ses pensées. Aurait-elle toujours l’air aussi impassible une fois qu’il aurait accomplit sa besogne ? Elle qui ne se doutait de rien… comment réagirait-elle ? Les secondes s’écoulèrent… Eike s’aperçut désagréablement qu’il concevait des craintes importantes à ce sujet. Lesquelles ? Oh non ! Ce n’était pas le moment pour ça non plus. Tout avait prit un retard trop conséquent. Agir. Sans réfléchir. Sous peine de différer encore et encore l’inévitable.

Reculer pour mieux sauter.

Ce serait aujourd’hui. Point. Le jeune homme se força à sortir du trop long moment de réflexion dans lequel il s’était englué tout seul. Une voix désincarnée, qui surprit même son possesseur, s’échappa de ses lèvres presque comme un murmure :

« Santaka Na… A toi, Saedis. »

Il vida sa vodka d’un trait, sans relever l’appréciation de la jeune femme à propos de ces alcools russes de fabrication moyenne qui inondaient le marché. Secoua la tête la seconde d’après. Non pas à cause de l’alcool, mais pour hâter son retour sur terre. Bientôt , nul trace étrange ne s’attarda plus sur son visage. Une expression espiègle vint s’y peindre et c’est un timbre profond, exempt de modulations douteuses qui reprit la mélodie sans fausses notes :

« Allez ! Prends ton manteau, Princesse. Il fait froid là dehors… Je ne voudrais pas te voir aussi congelée que ce que tu viens de me faire avaler. En route, c’est Noël avant l’heure. »

Eike glissa de son siège et se mit en marche vers la porte avant que son employée n’ait émit le moindre son en guise de début de réponse. Toujours avec cette démarche de roi en son monde. Personne ne le savait, mais il forçait la chose cette fois-ci. Et se fit la réflexion qu’il aurait peut-être du s’enivrer plus avant de partir. Pour faire barrage aux interrogations et au doute. L’une d’elle arriva jusqu’aux portes de chair de ses lèvres, car elle ne lui était pas destinée. Son visage fit un quart de tour, accrocha le regard bleu glacé de Saedis.

« Au fait… Tu n’en as jamais assez de ces immondes porcs ? »

Indubitablement, c’était des clients attablés dans la salle et qui reluquaient sans cesse la jeune fille dont il parlait en ces termes si élogieux. Sa voix avait retentit assez fort pour que tous l’entendent d’ailleurs. Les mines déconfites, les expressions insultées le prouvaient. La suite fut prononcée sur un ton plus bas, plus confidentiel.

« Je veux dire… une fille comme toi, intelligente et pleine de classe… Qu’est-ce que tu fais encore à te gâcher à mon service ? Tu as gagné suffisamment pour changer de vie… »

Le patron n’attendit pas la réponse et reprit sa marche vers la lourde porte du cabaret. Avec la hâte qu’elle se referme derrière eux et leur donne un air meilleur à respirer. Un peu de calme avant la tempête. Pourtant, il irait à reculons… conscient de ce qu’impliquait la suite des évènements.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Ne jamais voir que ça...   Sam 23 Aoû - 13:48

Saedis avait un regard qui embrassait la salle et cela depuis que la vodka s’était nichée au creux de son estomac un peu vide. Elle aurait tout donné pour quelques cacahuètes, le meilleur pour ses hanches. Elle étouffa un rire et posa son verre sous le bar, sur une étagère pour les verres vides à laver. Bien sûr, elle se doutait que sa position, séant offert et reins creusés, n’était pas pour déplaire à ces hommes qui serraient la main sur leur verre pour se retenir de ne pas la serrer sur autre chose. Elle reposa son arrière-main sur le tabouret de bar, les yeux rivés sur Eike. Il était… Comment dire. Inaccessible. Non. Charmeur. Non plus. Charmant. Voilà, il était charmant, avec ses airs de jeune homme satisfait de ce qu’il voit, narguant le monde de sa puissance invisible. Et pourtant, les hommes savaient bien que les compagnes éphémères qu’ils tenaient dans leurs bras ou sous eux lui appartenaient, en quelque sorte. Et chacun maudissait cet homme qui pouvait leur offrir du rêve.

Saedis se retenait de le regarder en coin, il ne fallait pas qu’il voie, c’était malsain. Elle pinça discrètement ses lèvres, les yeux fuyants. Sa voix, son accent lorsqu’il tentait de parler islandais… Il y avait ce roi, accoudé à son bar, dans son royaume. Il toisait le peuple, il toisait le monde entier. Ses gestes masculins quoique délicats en étaient réellement captivants, déstabilisants. A côté de cette puissance vivante, il y avait… Elle. Une fille de basse classe selon certain, un moyen de se distraire pour les autres. Et non, lui ne la voyait pas comme ça. Il la voyait plutôt comme… Une jeune fille ? Elle n’en savait bigrement rien.

Lorsqu’il lui ordonna presque de prendre son manteau, il prononça un sobriquet qui lui fit relever la tête, elle n’écouta pas le reste. Ses lèvres entrouvertes formèrent en silence ce mot. Ce n’était pas grand-chose mais c’était comme un coup de plus sur son pauvre petit cœur. Elle était fragile, même si cela ne se voyait pas.


« Princesse… »

Elle rougit. Réellement, comme une petite fille à qui on avait fait le plus beau compliment du monde. Sae secoua légèrement la tête, inspirant comme après une trop longue apnée. Il venait de se tourner vers elle. Mon Dieu, quel regard pourtant si peu visible. Son regard était comme… Celui des anges. Il avait le pouvoir de sonder les profondeurs de l’Islandaise comme un rayon X.

Est-ce qu’elle en avait marre ? Jamais Saedis n’y avait réfléchit, à vrai dire. La Saedis de la nuit reprit sa place et elle lui offrit un petit sourire en glissant de son tabouret, attrapant sa veste.


« Vous pensez que je me gâche ? Mais c’est toute ma vie, après tout. J’ai été formé était très jeune par une très bonne amie à moi et… Je pense que j’aurais du mal à faire autre chose. Et puis ce cabaret, les chambres, les lits grinçants ou confortables, tout ça me manquerait et… »

Elle détourna légèrement la tête, non, ne pas aller trop loin. Saedis, je t’en supplie, ne te trahis pas. Elle coupa net, au final, par un petit sourire. Comment avouer qu’elle restait en partie pour son patron ? Se tortiller devant lui pour sortir, triomphante, quelques billets de sous les lacets de ses corsets. Sae avait toujours aimé la façon dont il buvait sa vodka au bar, la façon dont il avait aussi de jeter un œil des coulisses lorsqu’elle était sur scène. Ces petits riens qui formaient un tout irrésistible.

« Et vous savez, je doute de fondre si je vais dehors. Après tout, je suis née dans le pays de glace. Vous vous souvenez ? »

Au passage, elle lui fit un petit clin d’œil discret et presque intimiste. Elle n’aurait pas froid, sûrement pas, vu la compagnie qu’elle avait.

« Vous voyez, si je change de métier, vous n’aurez plus le plaisir de me voir me dandiner sur scène, ce serait dommage non ? »

Elle tourna un regard profond vers lui, tout en tentant de paraître légère et de montrer que c’était une plaisanterie. Et pourtant, au fond, elle savait qu’elle adorerait qu’il lui dise qu’elle lui manquerait si elle partait. Pas seulement pour l’argent. Mais il ne fallait pas se faire d’illusions. Elle était une employée. Quoique…

Quel patron offrait un après-midi shopping à ses employées ? Quel patron était si plein d’attentions, même pour sa meilleure serveuse et protégée ?

Elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille pour tenter d’oublier. Tout oublier. C’était difficile d’éprouver cet étrange sentiment et de tenter d’oublier. La serveuse passa le seuil de la porte et l’air frais de la place lui picota les poumons et la fit sourire. Se tournant d’un coup, ses cheveux revenants quelque peu dans sa figure, elle s’adressa à Eike d’une voix fine, chantante et presque dansante.


« Bien, où allons-nous ? Vous voulez m’acheter un nouveau corset ? Ou alors de nouvelles bottes avec de jolis lacets. Oh oui des bottes ! »

Elle sautillait presque sur place, comme une enfant à qui on demande ce qu’elle veut pour Noël. Elle se reprit, mordillant soudain un de ses doigts, comme si elle avait fait une gaffe. Saedis détestait se montrer si enfantine, mais le fait de sortir du cabaret avait le pouvoir de la métamorphoser. Un rire non camouflé, pour une fois, sembla raisonner d’abord dans sa poitrine avant de s’échapper comme une mélodie de ses lèvres maquillées. Sa veste avait la qualité de ne cacher en rien sa jupe qui était déjà courte et ses jambes fines allongées par le port de ses bottes qui dataient de l’époque où elle était encore au Danemark avec l’Inconnue.

Pourtant, elles étaient comme neuves, elle en prenait tant soin. Elle sentit son portable vibrer sur son côté (oui, son corset était assez étonnant) mais elle ne décrocha pas. Se tournant discrètement, elle vérifia qui tentait de la joindre...

L'Inconnue. Elle se mit à rosir, glissant le portable sous son corset.
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XIII
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MessageSujet: Re: Ne jamais voir que ça...   Sam 23 Aoû - 16:00

Le froid qui mordait leurs peaux avait achevé de faire redescendre sur terre le patron un peu trop prompt aujourd’hui à l’introspection. Mais pas assez pour lui faire oublier un menu détail. Une toute petite chose qui s’était glissée dans la situation aussi discrètement et fugitivement qu’une petite souris dans un grenier. Rien à priori. Tout en vérité. Une perturbation qui s’était imprimée dans son esprit au même instant que dans son regard gris.

Elle avait rougit.

En lui parlant, en répondant à son ordre de départ et à ses interrogations. Sur le moment, l’imperturbable Eike s’était contenté de faire mine de rien et d’avaler sa salive de concert avec sa stupéfaction, le plus vite possible. A présent, l’image de Sae ‘ dansait devant ses yeux à mesure qu’ils avançaient vers les rues de Ravensburg. Sa peau si blanche et fine… Soudainement empourprée… Un simple mot avait suffit à colorer ses joues et à troubler son patron plus qu’il ne le voulait et ne l’aurait prévu. Pour ne rien laisser filtrer de cet état, il l’avait écoutée, avait observé un silence qui passait pour de la politesse alors qu’elle énumérait les raisons qu’elle avait de continuer à vendre son corps et corrompre son âme. Le personnage nocturne reprenait le dessus et décolorait peu à peu ses soyeuses joues. Une hésitation… Un « et » suspendu dans le temps et dans l’air, comme une invitation à faire preuve d’un minimum d’intuition ou d’esprit pour une fois. Ce dont le jeune homme se garda bien, au prix d’une lutte intérieure assez conséquente pour lui donner un air renfrogné qui ne le quittait plus.

* Certainement pas mon vieux * songeait-il, * N’y penses même pas… Tu es déjà bien assez dans la merde comme ça. L’emmener faire du shopping ? Passer toute l’après-midi avec elle, une femme qui ferait tourner la tête à n’importe quel homme ici bas ? C’est tout ce que tu as trouvé pour l’attirer hors du bar et faire ton boulot… C’que tu peux être con par moments… *

Il devait concéder à son irritante conscience qu’elle tapait juste. Pourtant, Eike aurait adoré qu’elle la ferme, mais non… l’insolente poursuivie sa diatribe intimiste. Juste pour lui et lui.

* Alors maintenant, tu te tiens tranquille. Tu te calmes et tu expédies l’espèce de petit rancard très malvenu que tu viens de déclencher… le plus vite possible. Elle te détestera après, de toute façon. Ne t’attache pas plus à elle. Tu l’es déjà bien trop… *

Ce que c’était agaçant, la lucidité soudaine. Se traitant mentalement d’abruti une fois de plus, pour ne pas avoir voulu remarquer plus tôt ce sentimentalisme qui le bridait lorsqu’il était avec elle ou pensait à Saedis, il n’entendit que d’une oreille distraite la suite des paroles de la serveuse. Oublia carrément de lui répondre. Ce n’était pas son genre, un tel manquement à l’étiquette de gentlemen, pas avec celle dont il prenait tant soin.

C’est justement une nouvelle irruption de sa voix, gracieuse et chantante, mâtinée d’une pointe d’accent qui la rendait encore plus particulière, qui tira l’homme de son carcan interne.

« Bien, où allons-nous ? Vous voulez m’acheter un nouveau corset ? Ou alors de nouvelles bottes avec de jolis lacets. Oh oui des bottes ! »

Cette fois ci, c’était pire que tout. Il ouvrit de grands yeux et ne put répondre de suite, happé par l’enthousiasme de celle qu’il accompagnait. Une innocence et une spontanéité qu’il n’avait pas l’habitude de côtoyer, pour sûr. Ni dans son milieu, ni sur elle… encore moins sur elle. La belle nordique lui avait toujours laissé une impression de candeur masquée sous des manières factices, d’une enfant qui se cachait à l’abri de la tenue et des attitudes d’une maîtresse femme faisant bouger les hommes selon ses règles, son bon vouloir. Sa maestria était impressionnante. Son naturel… désarmant. Seigneur… comment vais-je survivre à cette après-midi ? Il avait cessé de marcher, coupé net dans son élan. Voilà qu’elle se mordillait le bout du doigt. Et lui restait planté là, comme un rond de flan, à la regarder, incertain de l’effet que ce manège imprévu lui faisait, tant il le perturbait.

Et elle recommença.

Moins fortement cette fois. Juste une légère teinte rosée qui monta à ses joues. Et merde… dit quelque chose, crétin. Ouvre la bouche… bla bla bla… Articule ! Tu sais parler non ? Oui tu sais, tu en as même fait une spécialité, un attrape-nigaud si bien forgé que tu pousserais une mère à vendre son enfant sans difficultés. Alors merde, ouvre ton clapet et reprends le dessus…

Plus facile à dire qu’à faire. On se demandait bien, à le regarder, lequel des deux était en train de se faire avoir sur toute la longueur. Il aurait clairement été l’outsider si leur tête-à-tête avait été sujet à paris comme sur le champ de courses. Il fallu à Eike une morsure discrète mais appuyé sur sa lèvre inférieure pour réintégrer le monde des vivants et quitter le personnage d’autiste qu’il incarnait depuis quelques minutes. Une goutte de sang perla sur le rose de sa chair. Re merde… y a moins visible comme méthode. Histoire de détourner l’attention, et de définitivement (du moins le croyait il… ah les illusions …) retrouver contenance, l’interdit jeune homme plongea sa main droite dans sa poche et sortit une cigarette, qu’il alluma et porta pronto à sa bouche. Un nuage de fumée aux dimensions reflétant son stress du moment, autant dire presque un brouillard, accompagna les premières paroles qu’il se décidait à prononcer depuis un petit moment :

« Pardon… J’étais ailleurs… »

Sans rire ? Personne n’avait remarqué… Tu marques un point là, nan vraiment, t’es sur le bon chemin pour reprendre le dessus…

Il fit un effort pour adopter un ton neutre et crédible, qui visait à enrober le mensonge qu’il allait servir de suite :

« Je me demandais si j’avais bien laissé toutes les instructions à Panzer, vu qu’il est seul pour s’occuper des autres filles. »

Bien entendu qu’il avait les instructions. La montagne de muscles bossait pour lui depuis des années, elle était plus que rôdée. Enfin… embrayer et ça irait. Eviter soigneusement l’épineux sujet lancé par lui-même avant de quitter le club – à croire qu’il était en mode maso aujourd’hui, vu les pièges qu’il tendait tout seul et dans lesquels il tombait – et s’en tenir à la dépense d’argent prévue. Ses yeux se fermèrent, quittant Saedis une fraction de seconde, et il la gratifia encore une fois d’un sourire sincère et plein de chaleur. Décidément… l’avait elle jamais vu sourire autant ? Même lui ne se souvenait pas que cela fut jamais arrivé.

« Des bottes, si tel est ton bon plaisir. Tout ce que tu voudras… Princesse. »

Voilà… Eike n’avait pas résisté et avait à nouveau lâché ce mot, juste pour voir… Juste pour le plaisir de peut-être observer à nouveau le trouble chez elle. Juste pour être certain… Il se maudissait déjà d’avoir cédé et se préparait à affronter les conséquences qu’aurait chez lui la réaction de la jeune femme, quelle qu’elle fût.

Pour clore le peu de répliques qu’il avait offertes, le patron tendit le bras à sa jeune et belle compagne, puis annonça :

« Rien n’est trop beau pour vous, mademoiselle, vos désirs seront des ordres. Tu as bien mérité d’être un peu gâtée… Peut-être que tu te dénigreras moins, ensuite. Te dandiner sur scène, hein ? Tu es une excellente danseuse, n’utilise pas de pareils termes… »

Oui, malgré les apparences, il l’avait écoutée, entendue et le lui faisait savoir au passage. Avant de terminer sur cette confession :

« Par contre, je te laisse guider. Je n’y connais rien en boutiques pour femmes… Je t’en prie. »

Mauvaise idée ce bras tendu… mauvaise idée ces paroles qu’ils échangeaient… Mauvaise idée cette après-midi ensemble… Mauvais, mauvais, mauvais. Mais trop tard. La marche allait reprendre, l’action était engagée. Quant à savoir comment tout allait tourner… Comment il allait pouvoir se sortir de là et surtout, faire ce qu’il repoussait depuis si longtemps… Son sourire perdurait, tandis qu’il s’avouait à lui-même apprécier, voir même aimer, le parfum de risque que prenait la journée.



(Je te laisse continuer devant la boutique de ton choix dans les rues ^^)

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