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 Destination folie

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Saedis Himinn
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MessageSujet: Destination folie   Sam 23 Aoû - 17:26

Bon sang, il l’avait encore dit ! Saedis s’était encore détournée pour cacher ces deux taches rosées s’emparer de ses joues. Princesse… Elle s’humidifia légèrement les lèvres, comme pour reprendre ses esprits, avant de partir devant, exécutant quelques pas et repensant à tout ce qu’il lui avait dit. Il avait du se droguer. Ou boire un peu plus qu’un verre de vodka. Impossible, tu dois te ressaisir, Saedis. Et pourtant, lorsqu’elle entendait ce simple mot, cela la rendait… Vivante. Elle se sentait vivante, elle existait. Non pas comme un jouet sexuel et sensuel, non, comme une humaine. Quelqu’un fait de chaire et de sang, d’un esprit capable de penser et de quelques sentiments, aussi interdits qu’ils soient, pour l’instant.

Tournant le regard vers lui, elle prononça d’une voix presque murmurante, connectant leurs regards.


« Suivez-moi donc. Je vais vous montrer comme cet endroit recèle de trésors. »

Parlait-elle des rues ou d’elle-même ? Elle ne le savait même pas. Peu importait, elle avait cette étrange sensation d’être impuissante. Elle fit volte face et s’engagea dans une rue qui allait les mener jusqu’aux boutiques de prédilection de la serveuse à présent à l’état de simple habitante de Ravensburg, accompagnée d’une personne non négligeable.

*Je te défends de rougir, Saedis, espèce de folle.*

Ainsi, ses pas la menèrent dans l’une des rues commerçantes de la ville. Des magasins de lingerie, surtout, quelques fabricants de corsets sur mesure, un vendeur de vêtements affriolants et tant de boutiques qu’il lui semblait qu’elle allait se perdre. Mais non, ses chères jambes savaient parfaitement où aller et surtout, où mener ce cher, très cher Patron. Plus d’une fois, elle tourna un regard vers lui, restant silencieuse. Seul le bruit de leurs pas et les rumeurs environnantes brisaient la quiétude, éternelle absente de ce quartier hélas.

Bien plus d’une fois, elle vint à offrir un sourire resplendissant mais fade à qui savait, à des vendeurs, de nombreuses femmes aussi. Cela faisait un moment qu’elle venait ici pour faire ses emplettes, surtout pour le travail. Les magasins de lingerie avaient quasiment tous vu les formes de l’Islandaise qui se faisait pourtant plus volontiers cliente de deux d’entre elles. Au final, elle avait fait sa vie ici. Aucune bride, rien, à part l’indépendance et aussi… Quelques rencontres délicieuses.

Faisant mine de s’intéresser à une robe dans une vitrine, elle tenta de chasser le sang qui lui montait encore aux joues. Elle se ne comprenait plus, elle ne savait pas pourquoi est-ce qu’il la troublait plus qu’un autre homme.


*N’oublie pas, ils sont tous pareils, le jour où celui-ci posera ses mains sur toi, tu seras oubliée, comme les autres.*

Sa mine s’assombrit… Lorsque son portable vibra pour la quatrième fois.

« Je suis vraiment désolée, je vais faire vite. »

Sortant l’appareil de sous son corset magique, elle commença une conversation. Une langue nordique, quoiqu’un rien rude. Du danois. Elle se mit à rire, murmurer pour enfin raccrocher, cinq minutes après.

« Pardon. Une amie qui s’inquiétait de ne pas avoir de mes nouvelles. »

Elle racontait encore sa vie. Misère, il fallait qu’elle arrête. Quelques mètres plus loin se trouvait une boutique à la devanture assez glauque, sombre. La porte était ouverte mais un rideau de velours pourpre était encore à écarter afin d’entrer. Ensuite, un escalier descendait on ne sait où. Et enfin… Le palais de la botte, le temple de la chaussure… Dans la limite qui plaisait à Saedis bien sûr. Du compensé, quelques morceaux de ferraille par ci par là… Un bonheur, le Paradis.

« Bien, maintenant… J’ai besoin de vous. Laquelle vous semble la plus adaptée à moi ? »

C’était un test, en somme. Si il lui prenait une chaussure assez imposante, il ne verrait sans doute en elle qu’une femme « grossière » en somme, une demoiselle quelconque. Par contre, si il optait pour quelque chose de fin mais peu haut, ce serait une petite fille. En outre, une belle botte à lacets et hauts talons… Elle savait qu’elle ne résisterait pas longtemps avant de vouloir l’attirer dans une des ruelles adjacentes, au moins pour l’embrasser jusqu’à plus soif.

*Mais qu’est-ce que je raconte. Bon sang, je deviens folle.*

L’Inconnue l’avait prévenue sur cet aspect. Désirer un homme qui n’était absolument pas accessible. Maudit sois-tu, foutu code de conduite. Hiérarchie pourrie, elle empêchait même de fantasmer sur son Patron.
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MessageSujet: Re: Destination folie   Sam 23 Aoû - 19:40

La marche n’avait pas duré plus longtemps que ce qu’il faut à une cigarette pour être consommé jusqu’au filtre – qui valu au prétendant au cancer de se bruler les doigts, par manque d’attention – et se déroula dans le silence. Un étrange silence. Tout se passait comme s’ils voulaient tous deux garder une distance respectable tout en profitant du caractère agréable et quelque peu… osé ? de la balade. C’était inhabituel en effet. La situation comme les mots échangés. Ce trouble s’additionnait à celui ressentit plutôt chez le patron et le poussait à marteler le pavé de ses lourdes bottes de cuir, à la suite de la demoiselle, sans piper mot. Les passants se retournaient les uns après les autres sur ce curieux… couple.

Curieux terme.

Qui venait – une fois n’était pas coutume aujourd’hui – le déranger dans le vide qu’il tentait tant bien que mal de créer dans sa tête pour s’assurer de ne pas à nouveau se comporter comme un puceau tout juste pubère au moment de sa première fois. Ceci dit… s’en était une de première fois. Et pas qu’une en fait.

La première fois qu’il se promenait ainsi avec une femme, normalement et tranquillement, heureux de son sort et d’avoir tout le temps qu’il désirait devant lui pour savourer sa compagnie. La première fois qu’il voyait Saedis, la froide courtisane, en dehors du boulot. Sans que cela ne soit officiellement un rendez-vous, mais tout de même… C’était bel et bien la première fois qu’il voyait réellement la femme qui se cachait sous le costume de l’employée. Qu’il découvrait peu à peu, au rythme de ses pas et de ce qu’elle voulait bien lui montrer, qui était cette fille qui travaillait pour lui et pour qui il concevait… STOP. On arrête tout de suite les élucubrations potentiellement toxiques et on pense à autre chose. Regarder les têtes de nœud qui passent dans la rue… et se pâment devant elle. Le patron ressentait un brin de fierté à se promener à côté d’une fille qui avait failli provoquer une douloureuse rencontre entre un mec et un poteau, juste à cause de sa démarche altière et de tout ce que la nature lui avait offert de superbe pour la façonner. Les hommes ne se refont pas… et il en était un, à coup sûr. Si quelqu’un en avait douté, l’orgueil de monsieur sur l’instant aurait achevé de le convaincre.

Il demeura calmement quelques pas derrière elle, s’arrêtant quand elle voulait regarder quelque chose en vitrine, reprenant la marche en rythme avec la jeune femme quand elle décidait de se remettre en chemin vers les bottes tant désirées. De temps en temps, Saedis se retournait rapidement vers lui pour lui jeter un regard… auquel il répondait par un petit sourire. C’était le genre de regard furtif que la timidité ou la clandestinité vous pousse à jeter parfois. Le genre qu’un amant jette à sa maîtresse sur le chemin de la chambre d’hôtel où ils vont se retirer du monde et de ses règles pour faire l’amour. Et ça menaçait de le rendre dingue… De si petites choses qui provoquaient en lui de si grands… émois ? Heureusement, un coup de fil vint interrompre le ballet bien réglé qui lui tournait la tête, faisant disparaître par la même occasion les pensées – jugées malsaines et risquées – qui ne cessaient d’apparaître chez lui.

Sauvé par le gong.

Comme on dit. Lui qui n’appréciait que peu la modernité, pour une fois trouvais raison de la louer. Une amie qui s’inquiétait dit-elle après coup… Hmm. Le pauvre n’avait strictement rien compris aux quelques mots entendus durant la conversation, pour cause de manque de dictionnaire interne. Son rire avait retentit comme en sourdine, elle avait l’air intime avec cette personne en effet… Une pointe de jalousie fit son apparition, cette fois ci. Et s’il s’agissait d’un… homme ? D’ailleurs, est-ce qu’elle avait un petit ami ? Et c’était quoi ces questions à la con ? Ca ne le regardait pas… et ne changerait rien à ce qu’il était et ce qu’il devait faire. Claque mentale et retour à la réalité, s’il vous plaît monsieur. Merci. C’est mieux ainsi.

La nymphette l’entraîna à sa suite jusque dans un caveau… qui se révéla être un magasin de chaussures. Vu la musique, le look des vendeur(euse)s et les produits… au moins ne fit-il pas tout de suite tâche dans l’endroit. Saurait été autre chose dans un magasin de lingerie par exemple. Grand dieu, si elle l’emmenait là dedans… ça serait encore plus dur de garder son calme. Les chaussures c’est bien, j’aime les chaussures se répéta-t-il comme un mantra. N’importe quoi… mais quelque peu efficace pour éviter les pensées vagabondes. C’était déjà ça.
Eike promena un regard incrédule sur l’abondance sidérante de paires de pompes en tout genre qui s’étalait sous ses yeux. Faire les boutiques ne faisait guère partie de ses loisirs et il se sentit tout d’un coup comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ou quelque chose d’approchant. Il ne put retenir un rire d’exploser sans prévenir… et pointa du doigt pour que Saedis comprenne… la CHOSE.

Spoiler:
 

Des grelots, un bout recourbé, en daim rouge… Seigneur, qui oserait porter un truc pareil ? Pas elle, à son avis. Ou alors le couteau sous la gorge pour un client fétichiste des elfes du père noël. Il s’entendit apostrophé par la belle… qui lui demanda en gros de choisir la paire de botte qui lui irait à merveille. Façon cendrillon dévoyée, en somme.

L’horreur… Il n’y connaissait rien dans ce domaine. Mais une chose se rappela à sa mémoire : les femmes sont complexes. Aussi le piégé décida-t-il mentalement de ne pas s’arrêter que sur un choix. De toute manière, Eike s’en sentait bien incapable. Tandis qu’une vendeuse proposait un siège à l’accompagnatrice, style tabouret de piano, tendu de velours pourpre, monsieur se lançait dans l’examen des centaines de paires du magasin. Non… pas celle là, trop vulgaires. Pour l’avoir souvent vue arborer des bottes, le patron se souvint que son employée aimait les talons hauts, les coupes galbantes. Quoi d’autres… Celles-ci non plus… trop banales. Ah… Oui, cette paire. Celle là aussi… il finit par faire signe à la vendeuse, qui faisait le pied de grue et trouvait visiblement très marrant de le voir paumé au milieu des groles, l’air d’un benêt pas foutu d’épeler son nom si on le lui demandait. Elle voulait se faire virer ou quoi, à le mater d’un air narquois ? La mine renfrognée et le ton sec, il lui dit en aparté quels modèles amener devant les pieds de la demoiselle.

Puis revint auprès d’elle. D’une voix confuse, presque rouge lui-même à cause de ses difficultés à choisir, il lui souffla tout bas :

« A charge de revanche, jeune peste. »

Un sourire accompagna ces paroles, et aida à le détendre quelque peu, pour assurer à Saedis qu’il trouvait son petit tour amusant en fait et que le dernier qualificatif employé ne reflétait en rien ses pensées à l’ égard de l’espiègle jeune femme. Au contraire… Il la trouvait superbe, assise sur ce tabouret avec un port de reine, les jambes croisées, observant celui qui était devenu son sujet se débattre avec les talons et les matières qui lui étaient étrangères. Une vraie femme. Pour la première fois offerte à son regard qui ne manquait rien de ce qui lui était révélé au compte goutte.

L’employée des lieux ouvrit la première boîte…

Spoiler:
 

… et en sortit une paire de bottes en cuir, garnies en haut d’un ruban de satin plissé qui faisait le tour du mollet une fois les chaussures enfilées, fermées par des petits rubans de tulle. Le tout noir et flanqué d’un talon haut mais assez raisonnable pour ne pas devenir inconfortable.
Elle vint les poser devant Saedis, puis ouvrit la seconde boîte :

Spoiler:
 

La paire de bottes se retrouva à côté des autres. Il avait choisit celles-ci parce qu’elles lui paraissaient féminines… et originales. A vrai dire, il n’en avait jamais vu de semblables : en vinyle noir, elles se fermaient des deux côtés par un ruban de satin d’un joli rose, que l’on croisait en le passant dans les œillets. Et il aurait adoré la voir les porter, avec une de ses jupes courtes froufroutante et un de ses corsets à la limite de la décence mais toujours élégants, dans lesquels elle passait le plus clair de son temps au bar. Avant de disparaître pour les retirer, soit sur scène… soit dans une chambre pour des hommes qui selon son patron, étaient loin de mériter tant d’honneurs.

Eike demeurait silencieux, regardant Saedis de temps en temps, tandis que la vendeuse continuait son manège, le sourire aux lèvres et ponctuant les découvertes de commentaires.

Troisième boîte.

Spoiler:
 

Noires, encore une fois. En croute de cuir et assorties d’un laçage aussi complexe que troublant. Fermées par un nœud.
Quatrième. On approchait de la fin de sa sélection.

Spoiler:
 

Pour changer, tout en gardant une constante de couleur, il avait cette fois porté son dévolu sur une paire de bottines, fermées par… deux cadenas couleur acier. La forme et le côté très… intime… de la chose lui avait plu. Les chaussures étaient en vinyle là aussi… une des spécialités du lieu à vrai dire.

Enfin arrivait la dernière boîte. Que la vendeuse ouvrit avec précaution, avant de poser la paire de chaussures à côtés des autres, qui formaient une jolie ligne aux pieds de la cliente. Aucun doute, on savait traiter les gens correctement ici. Le jeune homme ne fut en rien surpris, n’attendant pas moins d’une femme qui possédait autant d’élégance naturelle que Saedis. Il ne l’aurait pas imaginée trainer dans une boutique de moindre classe. Pour ce qui était des chaussures…

Spoiler:
 

… il s’agissait d’escarpins, vernis et à talon aiguilles. Fermés par un laçage de satin noir et ponctués de boucles métalliques. Elle avait certes dit vouloir des bottes, mais rien n’empêchait un peu de fantaisie. Eike avait comme la certitude qu’elle porterait cela à merveille… un peu trop même, certainement, songea-t-il pour lui-même.

Il ne fit aucun commentaire et demeura debout, au côté de Saedis, attendant que celle-ci essaye les paires qui lui plaisaient. Ou aucune, ce serait selon. Il se sentait en terre étrangère et assez mal à l’aise… tout en étant ravi de partager ce moment avec elle. D’apprendre un peu plus à la connaître, au travers de ce jeu et de ses goûts. La vendeuse lui proposa un verre de champagne - décidément plus classe qu'à première vue, l'antre du pied... Eike accepta avec un air si reconnaissant qu'elle ne put s'empêcher d'éclater de rire et de faire une remarque sur les messieurs qui ont toujours l'air traumatisé devant les choses du monde féminin. Elle n'avait pas tout à fait tort et l'infortuné n'en goûta que moins la plaisanterie. Il reporta son attention sur le verre de champagne... au moins quelque chose qui l'aiderait peut-être un peu.

Ou pas.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Destination folie   Sam 23 Aoû - 20:32

La boutique était toujours aussi agréable. Le service vraiment superbe, les vendeurs et les vendeuses toujours aux aguets d’un inconfort quelconque. Lorsqu’il lui donna le surnom de « jeune peste » elle se retint de lui tirer la langue. Bien sûr, elle aimait voir les hommes qu’elle testait dans des situations délicates. Jouer avec les émotions les plus extrêmes, ça, elle savait le faire. Cela depuis si longtemps, depuis son détour par le Danemark pour tout avouer. Mais il ne se débrouilla pas si mal que ça. Au contraire. La vendeuse ne l’avait pas aidé et, bon sang, il ne s’était pas trop planté. Pas du tout même.

*Suis-je si prévisible que ça ?*

La vendeuse ouvrait les boîtes sous le regard émerveillé de Saedis, un petit sourire aux lèvres, qui se refusait à observer Eike sous peine de lui… Sauter dessus ? Non, NON ne jamais penser à ça. Et pourtant, ses mains se crispèrent légèrement lorsqu’elle jeta un coup d’œil à son visage charmant.

*Bon sang, bon sang… Non, retiens toi ma petite Saedis.*

Elle n’écoutait même pas ce que disait la vendeuse, elle se demandait, à chaque fois, comment Eike avait fait pour savoir que ce serait à chaque fois comme un coup de cœur. Se mordillant la lèvre inférieure, elle remercia la vendeuse après cela. Cette dernière s’éloigna de quelques pas, comme ayant compris que la demoiselle souhaitait plutôt partager ce moment avec son patron plutôt qu’entourée par tout le personnel de la boutique.

« Vous vous êtes surpassé, Patron. Elles sont toutes vraiment très belles. Et puisque je suis là, je vais les essayer une par une. »

Tout d’abord, elle enleva ses bottes, découvrant un pied fin, délicat, presque fragile. Trop fragile. Trop petit. Elle se saisit des premières, les délaçant quelque peu afin de pouvoir y glisser ses petits petons. Elle se leva, prenant garde à ce que sa jupe ne soit pas trop remontée et commença à marcher. Les talons donnaient à ses hanches un joli mouvement que les hommes adoraient vu la tête qu’ils faisaient à chaque fois. Une démarche chaloupée, ondulante, si bien que les bords de sa jupe remontaient subrepticement à chaque pas qu’elle faisait dans l’allée centrale.

« Elles sont franchement belles. Et confortables avec ça. »

Reprenant sa marche, elle semblait arriver tout droit sur Eike, comme un prédateur vient d’abord charmer sa proie avant d’y refermer les crocs. Cette pensée imprima un léger sourire au coin de ses lèvres. Reproduisant le même schéma pour la seconde paire, elle exagérait à peine la cambrure de ses reins et ce mouvement de hanches qui donnait à un séant tout son charme. Et plus elle marchait, plus elle multipliait les discrètes œillades vers son Patron.

Ce fut avec la troisième paire qu’elle se mit presque à danser dans le magasin, prenant des poses parfois à la limite de l’indécence.

« Celles-ci sont pratiques pour danser, Patron. Vous devriez les essayer. »

Avec un rire, elle observa les deux paires suivantes… Elle essaya la dernière au lieu des bottines, ayant une idée derrière la tête, et pas forcement la plus innocente. Ses pas ne cessaient de raisonner sous les voutes du magasin. Son déhanché était… Vertigineux. Certains vendeurs semblaient comme des loups devant un agneau qui boit au ruisseau. Prêt à sauter dessus pour la manger toute n…crue. Toute crue.

*Haha, quel drôle d’agneau je fais.*

Décidant d’achever sur les bottines à cadenas, elle choisit de s’approcher plus qu’elle ne l’aurait du d’Eike. Bien plus que la décence et sa raison ne l’exigeait.

« Vous êtes réellement doué en ce qui me concerne, dirait-on. C’est dommage, elles me plaisent toutes. Mais je pense que je vais prendre les premières et celles-ci. Ne vous inquiétez pas, je paye une paire. »

Pas question qu’il dépense trop son fric pour elle, c’était presque gênant. Ce qui fut gênant pour elle aussi, ce fut de remarquer qu’elle était presque collée à lui, provoquant quelques regards entre les vendeurs ainsi que des sourires pleins de sous-entendus. Se rasseyant, elle se mit à rougir. Rougir comme une petite fille contente de son geste mais se demandant si elle avait eu raison.

La vendeuse lui sourit en venant chercher les boîtes et ranger les paires à l’intérieur. La même vendeuse lui lança ensuite un clin d’œil ce à quoi répondit Saedis par un regard appuyé qui voulait clairement dire « Arrête, tu vas tout faire foirer. ».
Enfilant ses bottes, elle se pencha exagérément en avant pour les relacer, offrant une vue plongeante dans son corset. Non, elle ne voulait pas qu’il la voie comme une charmeuse. Ou juste pour lui.

Elle se redressa et jeta un regard comme fuyant à Eike. Avait-elle fait une bêtise ?
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MessageSujet: Re: Destination folie   Dim 24 Aoû - 11:50

Le soulagement vint faire une petite visite à Eike. L’espace des quelques secondes où le petit bout de femme lui confia qu’elle aimait ce qu’il lui avait choisit. L’homme répondit par un sourire de satisfaction à cet état de fait, dans l’ignorance totale qu’il allait le ravaler aussi vite et aussi sec. Croyait-il le jeu terminé et la partie gagnée ? La naïveté des hommes… A sa décharge, les relations avec les femmes se limitaient habituellement pour lui à : merci pour cette nuit, on se rappelle… pas. Une fois mais pas deux – ou alors dans la même nuit – c’était son crédo habituel. Les petites subtilités comme le genre de jeu auquel Saedis se livrait sur lui étaient totalement inconnues du sieur.

Quant à elle… la minute d’après, il fut bien obligé d’admettre que c’était son terrain. Une torture. Voilà ce que la jeune femme aux allures innocentes lui préparait. Et mit en marche avec brio. C’est bien simple, une coupe de champagne passa dans le gosier de Eike à chaque essayage de chaussures, sa gorge devenant de plus en plus sèche à chaque allér retour félin que la belle faisait, en le fixant avec un air plus que familier.

O… K…

Là, elle le fait vraiment exprès. Mais toujours avec une distance et une classe certaine, qui l’empêche de ressembler à une mendiante prête à se jeter sur le premier truc qui se trouve à portée. Oh non… rien de tout ça chez elle. Qui n’a plus du tout l’air de l’enfant candide qui sautillait de joie à l’idée de se voir offrir des cadeaux. C’est une femme, une vraie. Qui domine. Connaît toutes les ficelles pour faire tomber un homme à ses pieds et en faire ce qu’elle veut ensuite. Que veut-elle ? Juste s’amuser ou vraiment m’épingler ? Comment est-ce que je vais pouvoir me sortir de là ? L’avantage d’être déjà mort… c’est qu’elle ne me tuera pas, même en me donnant envie d’elle à ce point. C’est déjà ça…

Maigre consolation en fait. Après le premier passage, le patron se sentait, comment dire… quelque peu à l’étroit dans son pantalon. Et se félicitait intérieurement d’avoir enfilé ce matin un des plus larges de sa collection. L’embarras resterait privé et c’était tant mieux. Champagne, commanda-t-il silencieusement à la vendeuse, en levant discrètement sa coupe dans sa direction. Oui oui… Encore… C’est mon nouveau meilleur ami voyez-vous. L’homme ne quittait pas la nordique des yeux. A chaque œillade qu’elle lui lançait, subtiles mais immanquables, il lui répondait par un léger sourire. Qui ne fit que s’accentuer au fur et à mesure que le champagne l’imbibait. Rien à faire qu’elle remarque que tout d’un coup il buvait beaucoup et qu’elle devine que c’était à cause de l’effet que son petit défilé lui faisait. Dieu merci, ce n’était que des chaussures ! Il osait à peine imaginer ce que s’aurait été autrement…

...pourtant il l’avait vue maintes fois se déshabiller sur scène, se déhancher ainsi, perchée sur des hauts talons qui mettaient en valeur de manière indécente la cambrure de ses reins et la perfection qui se trouvait juste en dessous. Et jamais, jamais cela n’avait été aussi exci… Ses hanches qui ondulaient avec grâce, ses yeux si bleus – presque transparents – qui le fixaient avec insistance. Une immense compassion l’envahit soudainement, à l’égard des serpents menés par le bout de la flûte par ces salauds de charmeurs. Clairement, sous cette voûte, dans ce magasin… devant elle qui maîtrisait si bien son Art… il était leur compagnon tout désigné.

« Celles-ci sont pratiques pour danser, Patron. Vous devriez les essayer. »

La charmeuse se permettait même le luxe de se moquer gentiment de lui. Qui accueillit la plaisanterie avec un bout de langue coincé entre ses dents, légèrement recourbé vers le haut, qui dans le langage du corps signifiait sans nul doute « Tu sais que je suis coincé et tu adores ça… ». S’il avait du l’avouer, Eike aurait été obligé d’ajouter que ça ne lui déplaisait pas non plus. Pour tout dire, il oscillait entre les effets d’une alcoolisation rapide qui pourrait bien se retourner contre lui car partant à l’ assaut de ses inhibitions, une autre sensation qui lui laissait la désagréable impression de s’être fait avoir comme un bleu et le plaisir de la voir évoluer ainsi rien que pour lui. C’était flatteur en soi, une fille comme elle qui jouait ainsi de ses charmes devant un homme. Pour un homme ? Le patron n’aurait su dire ce que voulait son employée au fond… Ce qui lui posait un souci supplémentaire. S’amuser ? Ou vraiment le séduire ? Ne recommence pas idiot. De toute manière, elle n’est pas pour toi, alors qu’est ce que cela peut faire que tu saches quel est son but.

Les doutes se levèrent un peu au dernier passage de la sublime jeune femme. Qui se colla pratiquement contre lui cette fois, au moment de lui dire à quel point il avait l’air doué pour ce qui touchait à sa personne. Plus de salive. Et le cœur qui manqua un battement, sous le coup de la surprise comme sous celui du désir qu’elle avait lentement fait monter en lui et qui lui explosa à la figure – si l’on peut dire – avec ce dernier tour de passe-passe. Sei…gneur… ! Qu’est-ce que tu veux ? Que je te sautes dessus devant tout le magasin et que je t’arraches tes vêtements pour… Voilà a peu près la réponse qui s’esquissa dans son esprit torturé. Que fit taire la coupe de champagne qui passa à la vitesse de l’éclair dans son estomac. Soupir mental.

Self-contrôle.

Si elle continuait ainsi, il pourrait bientôt donner des cours. Deviendrait un maître reconnu. Ou pas. Car à vrai dire, Eike se sentait au bord de craquer. Le dernier regard qu’elle lui lança, depuis le tabouret où elle remettait ses bottes, l’acheva. Timide, comme une excuse pour s’être montrée trop entreprenante. Les joues encore rouges. Tellement adorable. Tellement belle. Tellement… tout. Reprendre le dessus. Resté muet jusqu’ici, sa voix raisonna sous la voûte comme les pas de Saedis juste avant : calme et décidée :

« S’il vous plaît. »

La vendeuse se dirigea jusqu’à lui, qui brandissait le sésame magique, à savoir une carte de crédit derrière laquelle elle devinait un compte apte à supporter le coût des achats sans sourciller.

« Hors de question que tu paies quoi que ce soit. Il me semble avoir dit que je voulais que tu gardes ton argent. Et te faire des cadeaux. Comptes-tu me vexer en refusant ? »

Son regard était planté droit dans les perles lagon de la serveuse, la voix profonde et impérieuse. Un sourire presque imperceptible venant adoucir la dureté du ton. Puis, sans détourner les yeux, il s’adressa à la vendeuse.

« Nous les prendrons toutes. Faites les livrer s'il vous plaît. Je pense que vous connaissez l'adresse… Merci. »

Une réflexion fugace apparut dans l’esprit d’Eike. Tiens… je ne la connais pas moi, son adresse. La jeune femme ne lui avait jamais dit où elle habitait, en effet. Pourquoi cela… Peu importait, le cours de ses pensées fut interrompu par la sonnerie de son portable cette fois-ci.

« Excuses moi, s’il te plaît. »


Quelques pas pour se mettre hors d’atteinte de toutes les oreilles. Une mine contrite tout d’abord, remplacée presque séance tenante par un sourire en coin. Et ses yeux qui la fixaient de concert. Une lueur amusée au fond du regard. Eike raccrocha et revint directement vers Saedis, l’air plus satisfait que jamais.

« Attends moi ici un instant… si tu veux bien. Une course à faire. Ça ne me prendra que quelques minutes. J’aurai quelque chose à te demander, ensuite. »

Il ne se départit pas de son sourire, ni de son air triomphant, loin de là. Disparu environs une dizaine de minutes, pour reparaître avec à la main, un petit sac renfermant on ne savait quoi. Lui aussi avait visiblement trouvé un petit jeu et s’en amusait déjà beaucoup. Il lança à Saedis, suffisamment fort pour que tout le monde l’entende, l’air enjoué et le plus naturel du monde :

« Chérie, le bijoutier à enfin terminé d’ajuster nos alliances. La boutique m’appelait pour que je passe les récupérer. »


Sourire ultra-bright, regard appuyé.

« Il va falloir que je passe à la maison me changer par contre, et toi aussi. Nous avons un dîner ce soir. »

En prononçant ces mots, il vint s’assoir juste à côté d’elle sur le tabouret. Se pencha lentement vers son visage… déplaça une mèche de cheveux pour libérer l’oreille de Sae’ et lui murmurer :

« Un client catholique, très conservateur sur certains points, malgré des mains parmi les plus sales que j’ai jamais serrées. Et j’ai besoin que tu sois ma femme, devant lui… Tu feras merveille, n’est-ce pas ? Désolé de te prendre ainsi au dépourvu… nous devons y être dans une heure. »

Sa main se déplaça doucement vers le menton de la jeune femme, il fit pivoter sa tête et la fixa à nouveau du regard, toujours porteur d’un amusement certain au fond des yeux.

« Allez chérie, mettons nous en route. Je ne voudrais pas arriver en retard. »

Oh non surtout pas… Pas maintenant que c’était son tour de… Jouer.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Destination folie   Dim 24 Aoû - 13:07

Etrangement, elle s’en doutait. Qu’il allait dire qu’il les prenait toutes, comme si le petit manège de l’Islandaise lui avait totalement fait tourner la tête. Il était fou et Saedis adorait voir son Patron totalement sous son contrôle. Pour une fois qu’elle avait le plaisir de s’imaginer les mains de cet homme sur son corps dépourvu d’artifices, elle en profitait. Effectivement, les vendeurs avaient livré souvent bien plus que des chaussures chez elle. La boutique était, en même temps que son temple des chaussures, le moyen de faire arriver des spiritueux et quelques accessoires introuvables à Ravensburg. Elle allait répliquer d’un ton de petite fille boudeuse mais ravie lorsqu’il s’éloigna, attirer loin d’elle par une de ces foutues machines qui sonnent toujours au mauvais moment… Ou pas.

Elle resta donc assise et vit l’une des vendeuses s’approcher, avec qui elle échangea quelques mots.


« Tu as ferré le gros poisson chérie, alors, combien sur son compte en banque ?
- Tu ne devineras jamais mais ce n’est pas pour ses sous qu’il me plaît… Oh oui il me plaît terriblement.
- Tu plaisantes ? J’avoue qu’il est beau m’enfin Saedis, je te rappelle que tu es…
- Une prostituée, je sais. Et lui c’est mon Patron. You see ? »
Elle étouffa un petit rire, comme si elle gardait… Un secret.

La vendeuse s’écarta avant qu’Eike n’ai pu raccrocher et laissa à Sae le plaisir d’observer ce visage soudain si expressif. Elle ne l’avait jamais vu ainsi, c’était… Passionnant. Oui, il était passionnant. Ses gestes, ses mimiques, sa façon qu’il avait de lui sourire. C’était bon, elle craquait, complètement. Si seulement il avait pu avoir les mêmes senti… Non, stop, arrêt sur image. Saedis était comme une sainte proche de l’extase devant Eike. Mais il n’empêche que cette sortie commençait à devenir drôlement louche. Il la gâtait, semblait des plus réceptifs à ses avances… Non, vraiment, incompréhensible.

Elle acquiesça simplement de la tête lorsqu’il s’absenta et fut entourée d’une nuée de vêtements noirs et de vendeurs curieux. Les questions qu’elle parvint à cerner furent :
« Est-ce que tu couches avec juste pour son pognon ? » ou même « Alors, c’est comment avec lui ? », « Il te gâte, t’es sûr qu’il ne veut pas que ton corps ? » et autres « Et ben alors, Sae, le mariage ? T’es déjà enceinte ? »
Cela devenait franchement déplacé, si bien qu’elle resta muette et les fusilla chacun leur tour du regard. Ils s’éloignèrent en ricanant. Bien sûr, ce n’était pas méchant mais c’était terriblement gênant. Elle se félicitait qu’Eike n’ai pas vu ça.

Mais jamais, non jamais, elle n’aurait imaginé cette suite. Ce qu’il y avait dans ce petit sac la laissa perplexe jusqu’au moment où…
« Chérie, le bijoutier à enfin terminé d’ajuster nos alliances. La boutique m’appelait pour que je passe les récupérer. »

Ka Boom. Le monde menait de s’effondrer autour d’elle, si bien que ses yeux s’ouvrirent grand, faisant des allers-retours entre le sac et le visage de cet étrange personnage qu’était son patron. Mais à QUOI jouait-il ? Tous les vendeurs étaient bouche bée, et se lançaient des regards étonnés. Elle leur avait caché pendant tout ce temps qu’elle vivait avec lui et… Ils étaient soufflés. Saedis, elle… N’était déjà plus sur la même planète. Ce ne fut que lorsqu’il se pencha vers elle pour lui expliquer que Saedis compris.

Elle sentait une étrange chose au creux de son ventre. Du soulagement mais secrètement… Une déception assez désagréable. Il jouait, il ne faisait que ça depuis le début. Elle prit ce fameux sourire de poupée Barbie et en elle, étrangement, résonnait cela.


*J’adore tes yeux… Oh je t’en prie, embrasses-moi. Juste une fois, là, maintenant… La FERME pensées à la co…*

Elle tourna la tête, fuyant les yeux de cet homme. Son cœur la pinçait douloureusement mais elle faisait bonne figure. Elle remercia vendeurs et vendeuses avant de se diriger vers la sortie d’un pas décidé. Mais une fois dehors… Elle explosa presque. Ses yeux étaient semblables à ceux qu’elle avait posé sur l’homme du bar qui l’avait insultées et cela, sans broderies si cérémonies.

« Mais qu’est-ce qui vous prend ? Vous êtes malade ?! Alors c’était ça la raison de toutes ces emplettes… Vous auriez franchement pu me dire ça autrement et attendre qu’on soit sortis. Je leur dis quoi moi maintenant ? Que au final, ce n’était qu’une histoire de fric, sale en plus ? Oh pitié Patron, sur ce coup là, vous n’avez pas du tout été réglo avec moi. »

Plus elle s’énervait, plus son accent islandais remontait, cela pouvait être totalement hilarant ou assez impressionnant, tout dépendait de la personne en face. Saedis prit une mine boudeuse et fit quelques pas vers une ruelle déserte afin de pouvoir régler ses comptes. Ses talons claquèrent sur le sol, comme l’ultime son d’un glas annonçant la mort de ses belles rêveries. Son imagination était une traîtresse.

« Non mais sérieusement, Patron… Pas question que je vous embrasse devant un pourri de l’Eglise en plus. Vous avez bu trop de champagne. J’aurais aimé que cela se passe autrement, pas comme ça, au dépourvu. Je vais jouer quelqu’un que je ne peux pas être. »

Bien sûr qu’elle allait le faire. D’abord parce qu’elle ne pouvait rien lui refuser, ensuite parce qu’elle savait qu’elle jouirait de ce rang factice comme d’un vrai et que cela allait la rendre des plus… Heureuses. Mais la perspective qu’elle n’était qu’un jouet lui traversa encore l’esprit. Cela ne s’arrêtait donc jamais.

Sa mine blessée fit soudain le dessus et elle s’adossa au mur de ce passage assez glauque, il fallait le dire. Baissant la tête, laissant sa cascade de cheveux glisser sur les côtés de son visage afin d’en masquer l’expression. Elle se sentait trahie. Trahie par celui qu’elle avait pensé sur le point de craquer… Pour elle ? Adieu, foutues pensées qui avaient le don de ne lui apporter que des désillusions. Eike était comme tous les autres, à présent, Saedis en avait l’intime conviction. Il se laissait avoir quelques instants avant d’inverser les rôles et la replacer en tant qu’objet qu’on appelle à la rescousse dès qu’on en a besoin. Elle n’avait qu’une envie : S’en aller. Loin de cette ruelle, loin d’Eike. Démissionner de son travail, en trouver un autre, tant pis. Mais là… Quelle déception intense il lui apportait.


*Pauvre idiote que tu es… Tu vises trop haut. Elle m’avait prévenue pourtant, je suis vraiment trop naïve.*
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MessageSujet: Re: Destination folie   Dim 24 Aoû - 15:04

Ouch…

Visiblement, ou plutôt audiblement étant donné la manière dont elle venait de l’enguirlander tout juste la porte passée, il était allé trop loin. Elle ne lui laissa même pas le loisir de répliquer et l’entraîna à sa suite dans une ruelle mal éclairée, pour éviter que la scène ne s’étale aux yeux de tous, certainement. Même en colère – et Dieu savait à quel point elle l’était – Saedis gardait cette classe que son patron aimait tant chez elle. Entre autre choses. Irrésistible. Cet accent, qui se faisait de plus en plus remarquable à mesure qu’elle lui balançait sa vindicte à la figure, était tout bonnement irrésistible.

Aucun doute, la bouillonnante jeune femme venait bien du pays du feu et des glaces. De ce magnifique endroit où la banquise se marie avec les geysers brûlants. Tout en elle reflétait les aspects mystérieux de cette terre étrangère.

Surprenante.

Eike demeura droit comme un i, recevant les commentaires outrés et accusant le regard glacial, voir meurtrier dont elle le gratifiait à présent, sans moufter. Puis elle se tut. S’adossa contre le mur, le visage baissé et dissimulé par ses longs cheveux de jais. Il l’avait blessée. Et là tout de suite, plusieurs sentiments se disputaient la suprématie en lui. D’abord, la culpabilité que ce petit tour ai fait de la peine à Saedis. Il était vexé également… Terriblement vexé qu’elle pense qu’il avait tout planifié depuis le début. S’aurait été sordide. Certes il avait manqué de délicatesse mais se montrer mufle à ce point, jamais il n’aurait osé. Pas avec elle. Ce que pensent les autres, l’homme a l’habitude de s’en moquer au plus haut point mais là… c’était différent. Ca n’aurait pas du l’être, mais il en allait ainsi.

Alors comme ça… elle… l’appréciait vraiment ? Son esprit substitua ce terme à d’autres, trop avancés, trop… présomptueux à son goût. Mais oui, la colérique enfant avait bien l’air de l’apprécier sincèrement. Sinon, pourquoi une telle réaction ? A moins que ça ne soit qu’une blessure d’ego. Ouais… Redescend sur terre, tu ne mérites pas une fille comme elle. Ni personne d’ailleurs. Ca doit être ça, aucune raison qu’il en soit autrement…

Mais quoi qu’il en soit, il fallait réparer. Eike, tout salaud qu’il était en général, n’était de loin pas le même en face de sa petite protégée et il se refusait à ce qu’elle voit mensonge et manipulation odieuse là où il n’y en avait pas. Il fit les quelques pas qui le séparaient d’elle sans se hâter, pour ne pas la stresser d’avantage. Se prépara mentalement à se prendre une gifle au minimum, en se disant qu’en un sens, il ne l’aurait pas volée celle là. Il posa le paquet contenant ce qu'il avait été récupérer pendant sa courte absence, juste aux pieds de Saedis. Puis écarta une nouvelle fois les cheveux soyeux de la belle d’une main, tandis que l’autre attrapait son menton fin pour relever son visage vers
lui.

Et il la regarda.

Longuement.

Ses yeux gris au fond des siens, silencieux, l’air franchement désolé. Un peu blessé aussi. Qu’elle le pense si… mauvais ? Oh il n’avait rien d’un enfant de chœur, lui cachait quelque chose de bien plus atroce que cette petite blague qu’il n’avait jamais voulu méchante… Mais rien de ce qu’il faisait n’était calculé pour la blesser, jamais.

A voix basse, il prit la parole.


« Je peux en placer une ? Ou je suis condamné à mort sans espoir de pouvoir me défendre ? »


Après tout, même la pire des raclures était considérée innocente jusqu’à preuve du contraire. Que lui dire ? Il s’interdit de lui avouer des choses découvertes aujourd’hui, qu’il se cachait depuis bien longtemps. Qu’elle lui plaisait… beaucoup… vraiment beaucoup, par exemple. Que pour ses beaux yeux, il se foutait tout les jours dans la merde en différant la fatalité. Si son patron lui tombait dessus… mort et enterré pour de bon. Enfin ce n’était qu’une expression. Pas de sépulture pour un archétype. Juste le néant et l’oubli. N’importe qui le remplacerait. La Mort, ce n’était qu’une image. Qui l’incarnait importait peu. Et l’As ne plaisantait pas avec le boulot. A vrai dire, il ne plaisantait avec rien. Eike avait bien du mal à trouver ses mots. Ne pas trop en dire… Mais assez pour qu’elle te sente sincère…

Et merde… Saedis, qu’est-ce que tu me fais faire ?

Son discours fut tellement plus maladroit qu’à l’accoutumée. Et le ton, dépourvu de la légère pointe d’insolence dont il se paraît si souvent, donnant cet air si sûr de lui au jeune homme.


« Je… Ce n’était pas prévu. Ca n’a jamais été le but de cette après-midi… Crois-moi, je t’en prie. Je ne t’ai pas emmenée faire les magasins juste pour que tu me rendes ce service… Je voulais… seulement… Je voulais juste te faire plaisir. »


Hésitation. Pause dans le flot désordonné des mots. Soupir.


« Pardonnes moi. J’y ai été un peu fort, c’est vrai… Mais avoues que tu n’as pas été très réglo avec moi non plus, en me faisant tourner la tête ainsi. »

Sa main caressait maintenant doucement la joue de Saedis. Si douce sous ses doigts.


« Je voulais juste égaliser le score. Je t’assure, rien n’était calculé. Le coup de fil m’a juste donné l’occasion de remettre la balance en équilibre. »


Est-ce que ça excusait ce qu’il avait fait ? Pas vraiment. Mais au moins, cela expliquait ses intentions. Le silence était revenu. Ils étaient seuls dans la ruelle. La moue qu’elle affichait le chavirait. Alors il se pencha vers son visage, comme pour l’embrasser.

Et s’arrêta juste à temps. Tu as fait assez de conneries aujourd’hui, lui souffla sa conscience. Tu as vu sa réaction. Elle va te haïr une fois qu’elle apprendra qui tu es vraiment et pourquoi vous vous êtes rencontrés. Ne vas pas en rajouter… Le patron ne bougea plus et se contenta de parler. Un demi ton plus bas encore, rendant la conversation plus intime.

« Tu n’auras pas besoin de m’embrasser devant lui rassures-toi… Tout au plus me tenir le bras, ou la main. Je sais que tu me trouves écœurant maintenant… Mais s’il te plaît, rends-moi ce service. Il n’y a qu’à toi que je peux demander ça… »


Nouvelle pause. Trouver les bons mots. Pour ne pas trop en dire. Pour ne pas qu’elle pense qu’il la prenait pour un petit chien qui acceptait tout du moment qu’il le lui demandait. Ce n’était pas du tout la raison qui le poussait à parler ainsi. Il prit une profonde inspiration et lâcha :

« … parce que tu es la seule avec qui je pourrais avoir l’air naturel... dans le rôle de l’époux comblé. »

Advienne que pourra. Comprenne ce qu’elle voudra. Saedis était loin d’être idiote. Sans trop se dévoiler, mais en gardant sincérité. C’était tout ce qu’il pouvait faire. Tout ce qu’il était autorisé à laisser filtrer et c’était déjà trop. A quel point il détestait se sentir impuissant , il ne l’avait jamais mesuré jusqu’à cet instant. Coincé. Par un travail qui régentait sa vie, par un but et une organisation qu’il servait en sacrifiant tout le reste. Par l’essence même de ce qu’il était.

Merci, Quanticum.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Destination folie   Dim 24 Aoû - 16:20

Trahison, oui, elle se sentait trahie. Comme si il avait induit son cœur en erreur. Elle aurait pourtant adoré savoir quand son pauvre petit myocarde suivait le bon chemin. Allez, dis-lui de se taire, dis-lui que tu as envie qu’il t’aime autant que tu l’aimes, depuis le début. Dis-le espèce d’idiote. Lui faire plaisir… Tous les bijoux, toutes les paires de bottes, tout l’or du monde ne suffirait jamais à la combler. Insatisfait, son cœur happait tous les cadeaux mais ressemblait à ces puits vides dans lesquels on a beau verser de l’eau, le fond en buvait toujours la totalité et restait vide, sec.

Je t’en prie, Eike, tais-toi. Tu me fais devenir totalement folle. Folle de ta voix, folle de ton odeur avec laquelle tu m’entoures… Tais-toi, laisse moi partir, je ne peux plus supporter cette proximité, toi et moi avons été trop loin. Ils étaient si différents et pourtant en telle fusion à présent qu’elle ne se comprenait plus, elle ne savait même plus quel jour on était, le temps qu’il faisait. La pluie aurait très bien pu les tremper jusqu’aux os, elle n’en aurait rien remarqué. Monde, effondres-toi, qu’il ne reste plus que lui et moi.

Son cœur palpitait dans sa poitrine comme un jeune oiseau blessé qui tentait de s’échapper malgré tout. Elle se refusait de porter sa main à sa poitrine pour le calmer, chacun recevait la dure pénitence qui lui était due. Ses lèvres, pourtant, étaient à deux doigts de l’appeler, ses bras de se tendre vers lui pour qu’enfin il la prenne dans ses bras, pour qu’enfin il la réconforte. Qu’il lui dise que tout ceci n’était qu’un mauvais rêve, qu’il allait la ramener au bar, jeter un coup d’œil à Panzer, regarder autour et… Que rien ne change. Ou qu’au contraire, il l’emmène, dans un taudis ou dans une suite royale, peu importait, pour lui faire l’amour jusqu’à ce que leurs deux corps réclament le repos. Chacune de ses pensées était comme… Une vague de désillusion qui tentait de la faire s’envoler loin de la terre.

Lorsque la main d’Eike toucha son visage pour la seconde fois, elle se retint de pleurer. Elle ne répondit rien, seuls ses yeux étaient toujours baissés. Ils étaient trop proches, il fallait faire marche arrière. Non, je t’en prie Eike, ne pose pas ce regard sur moi, ne me fais pas faire l’impensable. Il faut que tu retires ta main de sur ma joue… Tu ne peux pas. L’Islandaise releva ses yeux vers ceux d’Eike alors qu’il s’approchait d’autant plus. Elle rougit. Et sérieusement cette fois-ci. Ses jolies joues prenaient une couleur rouge qui contrastait avec la pâleur cadavérique de sa peau. Elle ressemblait à une de ces poupées que les petites filles ont voulu maquiller un peu trop, ont prit le fard à paupière de maman qui était un peu rouge et en ont badigeonné les joues de leur poupée qui pourtant sourit toujours.

Saedis ne souriait plus elle… Elle semblait sur le point de fondre en larmes. Elle se sentait si… Nouille de se montrer ainsi à un homme. Ils n’en avait jamais rien à foutre de toutes manières. Le ciel s’assombrissait, son ciel était déjà bien terne.

Ses yeux étaient fuyants, elle ne pouvait plus rien faire, plus rien. Tétaniser comme l’une de ces statues sur lesquelles la pluie coule pour mieux les détruire. En elle, rien à part les cris de désespoir de ce cœur qui lui avait fait tourner la tête. Il ne pouvait pas avoir fait pire que s’approcher. A présent, sa tête lui murmurait les plus douces choses sans pour autant que ces belles paroles ne sortent. Elle voulait pourtant approcher sa bouche de l’oreille de son Patron et lui susurrer quelques mots doux, quelques uns un peu plus osés aussi peut-être.

L’oiseau, dans sa cage, se débattait jusqu’à se blesser les ailes, les écorcher encore plus. Non, il ne l’avait pas embrassée mais ses si douces lèvres ondulaient à quelques centimètres de celles de Saedis, elle devenait timbrée, totalement. Quelques centimètres et elle accédait à ce fruit défendu, celui qu’elle avait regardé depuis si longtemps, se poser sur les verres, se tourner vers les clients. Bon Dieu, aidez-moi… Tout qu’il disait la faisait trembler. Oui, elle tremblait comme une feuille, comme un ange fautif devant son jugement. Mais sa dernière phrase fut… Le comble. La cerise sur le Schwarzwälder Kuche. Elle entrouvrit les lèvres mais rien ne parvint à sortir, elle frissonna, tout son corps semblait comme sur le point de céder. Elle allait craquer. Non, il ne fallait pas.

Pourtant, son regard se plongea dans celui d’Eike avant de descendre lentement le long de l’arrête de son nez, caresser sa bouche qui lui lançait un appel lancinant. Elle n’avait plus de cœur, du moins, elle ne le sentait plus. Elle ne pouvait pas. Un vent passa entre eux deux. Elle laissait un silence pesant s’installer. Sa respiration était calme à présent, comme si plus rien n’existait, juste cette proximité, leurs deux corps proches de la fusion. Elle voyait tout comme au ralentit. Pourtant, le temps poursuivait sa course. Mais ce moment était à eux, rien qu’à eux. Alors il fallait profiter, cela jusqu’à la microseconde.

Ses mains remontèrent si lentement qu’elle semblait faire un rituel. Elles se posèrent sur la nuque d’Eike et ses yeux se clorent. Elle retint son souffle et le plus délicatement du monde, elle approcha ses lèvres jusqu’à celles de l’homme pour lui offrir l’un des baisers les plus tendres qu’elle n’ai jamais été capable de donner.

Elle ne pouvait plus faire demi tour.
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MessageSujet: Re: Destination folie   Dim 24 Aoû - 18:41

Un cauchemar.

Là… ça tournait au cauchemar. Un délicieux cauchemar cela dit… Ses lèvres, tendrement, presque chastement pressées contre les siennes… ses mains qui enserraient sa nuque, les plus douces chaînes qui soit. Des fourmillements soudain dans tous ses membres, qui allaient et venaient. Il frissonnait. Et pas à cause du froid. Eike, qui ne maîtrisait plus rien et n’était même pas capable sur l’instant d’en avoir quelque chose à faire, happé par la surprise et le contact chaud, humide de la bouche de Saedis, demeura figé une seconde. Plus de temps. Plus de son. Plus d’image. Rien n’existait plus que la sensation de liberté qu’elle lui offrait du bout des lèvres.

Et les siennes qui se mirent à lui répondre. Aussi délicatement d’abord, pour ne pas la brusquer. Ses yeux qui se fermaient. Sa respiration qui se calait sur le rythme profond et serein de celui de cette femme, qui le poussait à franchir toutes les limites salvatrices. Et ses mains, qui quittèrent lentement son visage, glissèrent le long de ses hanches pour venir enserrer sa taille… et la coller définitivement, avec une indécence mêlée de respect, tout contre lui.

Oh non… pas ça… non, non, non.

Le désaccord entre son corps et sa conscience était manifeste. Le premier disait oui, de toute sa volonté tellement difficile à endiguer. De plus en plus difficile à stopper. La seconde lui hurlait que c’était la pire des choses à faire. Qu’il allait le payer ô combien plus cher qu’il ne pouvait l’imaginer. Mais qu’est-ce qu’il s’en moquait. Au point où ils en étaient… De toute façon, c’était trop tard. Tout était allé bien trop loin… Au moins pouvait-il s’octroyer cette parenthèse enchantée, cet instant volé qui lui vaudrait sans doute un siècle d’amertume… Voir plus…

Elle le rendait complètement dingue. Au milieu de cette enivrante folie, il trouvait le moyen de se tempérer ; de goûter le plaisir qu’elle fut enfin sienne, même pour un si court moment, sans lui manquer de respect. Non, il n’avait rien à voir avec ces porcs que la vendeuse de charmes avait pour client. Ne la voyait pas comme un morceau de chair bon à lui permettre de satisfaire des pulsions animales. Il y avait d’autres filles pour ça. Elle était plus. Bien plus. Un ange. Qui avait fait passer les jours aussi vite que des secondes, depuis qu’elle s’était trouvée sur sa route. Elle méritait mieux. Tellement mieux. Pourtant, c’était tout ce qu’il pouvait lui offrir… Alors autant en faire un beau moment, un beau souvenir… Puisque ce serait le seul.

Ses lèvres, réchauffées au contact de la bouche écarlate de cette femme, descendirent au creux de son cou. Il respira son parfum, longtemps, profondément. Comme pour en imprimer l’empreinte dans sa mémoire pour les siècles à venir. Dieu ce qu’elle sentait bon. Ce que sa peau était fine et douce, lorsqu’il y reposa la bouche pour l’embrasser… encore et encore.

Assez.

Tu en as déjà eu bien plus que de raison. Mais merde, qu’est-ce que la raison avait à voir là dedans ! S’il s’était écouté… Au diable le client, au diable le dîner. Rentrons… chez toi ou chez moi, je m’en moque. Non… chez toi. J’ai envie de voir où tu vis… A quoi ressemble le décor qui te voit t’éveiller tous les jours, ce qu’il révèle de toi. J’ai envie de m’endormir dans tes draps, pour que seule ton odeur m’enveloppe… On aura plus à sortir, plus jamais. Ou alors pour changer de pays… Oui, s’enfuir. Je pourrais être un autre, loin de…

Dire ces choses là lui était interdit. Les penser en soi était à la limite de l’hérésie. Et totalement utopique. Il le savait. Ce qui imprimait encore plus de tendresse à ses baisers. Ils comptaient silencieusement tout ce que l’homme ne pourrait jamais prononcer.

… Mais je ne suis pas un homme pour toi.

La vérité s’imposait ainsi. Douloureusement et directement. Suite logique, implacable aux élucubrations qu’avait fait naître ce rapprochement. De jolis rêves nés de son corps contre le sien, de son parfum qui emplissait l’air autour, de son souffle suspendu à ses lèvres. Pure magie, pourtant si impuissante face à la réalité. Aussi incapable que lui de gérer les choses, pour la première fois de sa vie. C'était à la fois atroce et merveilleux...

Brutalement, il lâcha le corps fin et galbé de Saedis. Fit quelques pas en arrière. Chancelant. Etourdi. La tête baissé, sous le poids d’un fardeau impalpable. Eike prit son visage dans une main, plissa les lèvres et serra les mâchoires. Impossible de la regarder… Pourtant, il le fallait. Elle le méritait.

Il se passa un temps qui lui sembla si long. A lui qui se riait justement du Temps et qui n’en avait plus. Ce serait ce soir, ça devait être ce soir. Impossible de reculer. Il avait merdé sur toute la ligne… Et ça allait faire mal, très mal… le juste retour des choses. Se furent des yeux à la fois tristes et reconnaissants qui se posèrent à nouveau sur la jeune femme. Que lui dire ? Comment lui expliquer ? Il n’en avait strictement aucune idée.

Tout ce qu’il trouva à dire, d’une voix à peine intelligible, furent ces mots :

« Il faut qu’on y aille… Passer par une boutique… Louer une robe et un costume… On a tout juste le temps… »

Rien de plus. Des sons vide de sens, si éloignés de ce qu'il pensait réellement, si fade comparés à ce qu'il ressentait, ce qu'ils avaient échangé. Juste ça… et un regard infiniment désolé pour tout ce qui allait arriver. Une seule autre chose, pour adoucir la froide distance des mots et les non dits...

Sa main tendue vers elle.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Destination folie   Dim 24 Aoû - 19:21

Qu’est-ce qui était le plus magique ? Le bruit régulier du souffle d’Eike ou ses mains qui parcouraient son corps. Peut-être aussi les battements de ce cœur qu’elle avait cherché si souvent au fond des yeux de celui qui prenait une vodka au comptoir. Elle ne percevait même plus les rumeurs qui parcouraient les rues, les bruits de circulation… Plus rien à part un chant venu d’horizons nouveaux. Comme cette fois où elle s’était assise à même la neige pour entendre chanter une hirondelle, en retard. L’oiseau était mort peu de temps après, de froid. Saedis avait gardé son corps et l’avait enterré, avait planté un rosier juste au dessus. La plante avait vécu jusque là chez l’Inconnue. Oh douce hirondelle qui peuplait à présent le cœur de cette Islandaise, comme tu chantais bien.

Dans sa tête, il n’y avait que du vide. Non, plutôt des paysages magnifiques qui défilaient devant ses yeux clos. Rien de plus magique, il la rendait vivante. Une Blanche Neige moderne ramenée à la vie par un Prince habillé de la plus étrange des façons. Ce moment passa lentement, délicieusement. Elle voyait ce jour où elle s’était présentée pour la première fois, où son cœur avait manqué un battement. Lui qui semblait si distant avec les autres. Les jours où il ne se montrait pas, c’était un poids dans le cœur qu’elle s’endormait entre des draps bien souvent inconnus. Les œillades, les questions posées avec douceur, ses fossettes qu’elle avait redécouvert. Le regard de son Patron (était-il bleu, gris ou vert ?) combien de fois avait-elle tenté de le fixer plus que de rigueur ? A chaque fois, elle se ravisait. Ses tortillements pour sortir l’argent, sa voix, mon Dieu sa voix… Parles-moi encore, bel oiseau, je te prie. Je veux être bercée par quelques mots, même si je n’y comprends rien, même si ce ne sont que des mensonges. Je veux m’endormir tout contre toi et ne plus jamais me réveiller.

Cette image d’un homme embrassant une femme dans une ruelle avait quelque chose de terriblement romantique à ses yeux. Se cacher pour mieux s’aimer, se cacher, s’aimer, mourir. Saedis sentait son corps léger, comme si elle était morte mais qu’elle vivait à travers lui. C’était une sensation assez étrange, rarement rencontrée par une fille de son genre.

Ses lèvres dans son cou et Saedis soupirait discrètement, comme sous l’emprise d’un alcool fort et soudain, une plénitude peu vue sous son ciel morne et triste. Qu’il embrasse, qu’il morde, qu’il griffe même ! La plus dure des tortures pouvaient être une étincelle de plus dans son cœur qui palpitait, embarqué dans une gigue enflammée. Sa poitrine se soulevait parfois un peu plus afin de créer un soupir que les murs de la ruelle aspirèrent. Elle se prit même à ouvrir les yeux afin de se rendre compte de la réalité et en sourire. Les cheveux de ce bel oiseau de nuit se mélangeaient bien aux siens, ce n’était plus un rêve, ce n’était plus un de ces clients qui l’embrassait… C’était Lui. Elle referma les yeux pour profiter mieux encore de ces quelques instants… Mais déjà, il semblait se refuser à elle.

Elle entrouvrit les yeux, lançant un soupir qui ressemblait plus à une plainte de douleur, comme si il venait de lui arracher une partie d’elle-même. Pourquoi, pourquoi avait-il reculé, pourquoi avait-il arrêté ? Je t’en prie Eike, regardes-moi. Dis-moi que je n’ai pas fait la plus grosse bêtise de toute ma vie. Je t’en supplie. Si le vent t’emporte loin de moi, je veux que tu me le dises droit dans les yeux. Mets fin à mes illusions si il le faut, peu importe si cela me fait mal mais soit franc. Sa voix, comme elle avait changée… Il semblait… Faible ? Affaiblit plutôt. Saedis baissa la tête, ayant cette impression de l’avoir gêné mais passant discrètement le bout de sa langue sur ses lèvres pour apprécier le goût évanescent qu’il avait laissé. Il était déjà partit. A présent, elle tentait de se souvenir de la chaleur de son étreinte. Elle avait froid…

Mais un petit sourire amer prit place lorsqu’elle vit cette main, comme un appel, comme une certitude qu’elle n’avait pas fait une si grosse bêtise que ça. Sa main fine effleura celle d’Eike avant de s’y accrocher comme on s’accroche à un fil de vie. Et pourtant, elle avait besoin de réponse, toutes ces questions qui tournaient à présent dans sa tête lui donnaient une migraine qu’elle oubliait à chaque fois qu’elle sentait la chaleur de cette main contre la sienne.

Tête basse, un seul son parvint à s’échapper d’entre ses lèvres alors que son teint prenait quelques secondes une teinte rosée.


« Excusez-moi, Patron… »

A mi-voix, elle avait tenté de rattraper quelque chose qu’il n’avait peut-être pas bien prit. Elle en avait oublié ce rôle qui pourtant lui revint en pleine figure. Sans doute que cette main tendue n’était qu’un prétexte. Pourtant, en son cœur, une fête s’était déclarée, doucereuse. Elle avait goûté rien qu’une fois à la seule personne qu’elle avait voulu avoir à ses côtés. De réguliers frissons remontaient sa colonne vertébrale à chaque fois qu’elle avait l’impression de sentir les lèvres d’Eike une fois de plus glissées dans son cou.

Petit ange précipité sur terre, peu importait, à présent, elle avait de courir dans les rues et hurler au monde sa joie. Oh oui, hurler à quel point elle était heureuse. La cage de l’oiseau en son cœur était ouvert sur le monde et elle était prête à… Sautiller de joie. Non, elle garda cette expression presque abattue. Quiconque aurait regardé avec attention ses yeux aurait remarqué ces deux flammes, ces deux étoiles qui montraient à quel point elle se sentait bien. Voilà, elle se sentait au mieux à présent.

Rêve.

Pourtant, elle avait comme l’impression que ce baiser avait signé la mort de quelque chose. Mais quoi ? Ses illusions ou sa raison ? Peu importait, elle le savait, elle allait payer amèrement ce geste qui lui avait fait pourtant si plaisir.

Sentence.

Quelle serait-elle ?
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MessageSujet: Re: Destination folie   Dim 24 Aoû - 21:32

Patron.

Excusez-moi, Patron. Plus précisément. Voilà les termes qui avaient franchit la porte charnue et délicieuse des lèvres de l’Islandaise. Bon sang. Aussi agréable à entendre qu’une gifle reçue en plein visage. Saedis… C’est toi qui m’as embrassé la première… Et tu m’appelles encore avec ce sobriquet impersonnel… J’ai un nom, merde. Ok, ce n’est pas le vrai. Je l’ai oublié… Cela fait si longtemps que je suis ici bas. Pour une fois que tout me paraissait nouveau…

De quoi je me plains, se demanda-t-il en aparté. Après tout, la fragile bulle dans laquelle il devint un instant un autre auprès d’elle, juste un homme et non plus son patron, avait explosé par sa faute. Juste retour des choses. Malédiction pénible qui en cachait une autre à venir, ô combien plus douloureuse. Le plus blessé ne serait pas forcément celui qui l’amenait, mais il n’en sortira pas indemne non plus, pour sûr. Plus maintenant qu’Eike n’avait de cesse de se remémorer ce baiser volé, la délicate insolence dont elle avait fait preuve pour lui offrir ce qu’en fait il désirait depuis le départ. Comme il avait changé, en si peu de temps. Elle était exceptionnelle, le savait-elle ?

Un instant, parce qu’il ne pouvait pas laisser passer si belle occasion et qu’il ne voulait pas qu’elle se pense fautive de quoi que se soit… il exerça une légère traction avec son bras, l’attirant à nouveau contre lui. La jeune femme pouvait sentir que le désir n’avait en rien quitté son compagnon, loin s’en faut. Ses bras se refermèrent autour d’elle, formant un carcan de chaleur qui l’isolait du froid. Cet homme d’un naturel peu démonstratif la serra si fort, durant une brève suite de secondes, avant de lui murmurer :

« C’est moi qui suit désolée, Sae’… Je ne suis pas celui que tu crois. J’aimerai… pourtant… »


Ta gueule, Eike. Est-ce que éventuellement, tu pourrais la fermer et ne pas empirer la situation ? Tu es capable de la protéger un peu ? Ca vaudrait mieux, vu ce que tu vas lui lâcher sur le crane incessamment sous peu. Ne vas pas la perturber plus en laissant sous entendre ce que tu ressens. Prends sur toi bordel, comporte-toi… comme un homme digne de ce nom.

Enterrer sa conscience. Il en rêvait autant que de partager la couche de Saedis. C’était peu dire donc. L’un comme l’autre étaient proscrit. Tu n’as ce que tu mérites, crétin… l’entendit-il lui souffler des tréfonds de son cerveau. Il relâcha donc son étreinte…

… Mais en prenant soin de garder sa délicate menotte dans la sienne, bien serrée, leurs doigts entrelacés. C’était tout ce qui restait. L’ultime petite trace de la magie qu’il y avait eut dans l’air, qui avait semblé bouleverser les saisons en même temps que ses sens. Un rapide demi tour, dans lequel elle fut obligée de le suivre étant donné la situation, pour récupérer le paquet au contenu encore inconnue pour la belle. Nécessaire pour la petite mascarade qu’il était obligé de monter, avec son aide. Puis il se mit à marcher. A un rythme volontairement traînant, pour profiter encore un peu de l’exquis tête-à-tête avec elle.

Une dizaine de minutes plus tard, et cent fois plus d’envies avortées de l’embrasser, de mordre la chair tendre et sucrée de sa lèvre inférieure, de l’emmener ailleurs pour… , le couple factice arriva devant une boutique de robes de soirées et costumes masculins. Un regard appuyé à celle qui tenait sa main, pour lui dire encore « désolé de t’embarquer là dedans… » et il poussa la porte.

« Oh ! Cela fait longtemps Monsieur. Bienvenue. Que puis-je pour vous aujourd’hui ? »
« Bonjour. J’ai besoin d’un costume, pour un dîner. Et d’une robe pour cette charmante créature… Donnez-lui un siège également. Ainsi que tout ce qu’elle pourrait désirer. Je vous remercie. »
« Bien entendu, tout de suite Monsieur. Je vous laisse faire votre choix en attendant. Si mademoiselle veut bien me suivre. Nous allons choisir une étole pour aller avec la robe. »


Eike abandonna Saedis aux bons soins de la vendeuse, qu’il connaissait bien, pour s’aventurer dans les allées. Ses yeux parcouraient distraitement les vêtements, ses doigts s’arrêtaient sur les étoffes. Jusqu’à ce que son regard se pose sur un mannequin vêtu d’une longue robe de soirée.

Spoiler:
 

Parfaite.
Ce serait celle-là.
Masochiste.

Il se faisait l’effet d’un pur maso. Nul besoin de beaucoup d’imagination pour savoir qu’elle serait époustouflante dans cette tenue. Que la soie glisserait à merveille sur ses courbes, les sublimerait comme un écrin. Le patron se mit en recherche de la maîtresse des lieux, lui souffla un ou deux mots à l’oreille et la regarda s’éloigner. Sourire à l’adresse de Saedis, rien de plus. Il anticipait l’apparition et l’effet qu’elle aurait sur lui. Inconsciemment, il se mordit la lèvre. Déjà la vendeuse revenait, avec le bon modèle sur le bras, s’adressant directement à la cliente :

« Monsieur désire que vous essayez celle-ci, pendant qu’il se change également. La cabine se trouve juste au fond de ce couloir. Suivez-moi. »

La quadra se dirigea tranquillement vers la gauche et s’engouffra dans un couloir. Eike quant à lui, changea de pièce pour aller enfiler son costume. Nerveux. Aucune explication mais il se sentait nerveux. L’atmosphère, le souvenir du baiser, les allures de rendez-vous qu’aurait ce dîner à cause de leurs tenues et du mensonge qu’ils serviraient en souriant à celui qu’ils devaient rencontrer. S’il avait eut le choix, il n’aurait d’ailleurs jamais mis Saedis en présence de ce type. Mais bon… elle en avait vu d’autres. Ses réparties pourraient même être très amusantes à entendre, à vrai dire.

Un costume… Heureusement pas un de ces trois-pièces noir et blanc à nœud papillon que portaient tous les pingouins qui fréquentaient son club. Sombre, anthracite, ouvert sur une chemise noire. Dans ces chaussures de villes assorties, il se sentait trop à l’étroit… Rien pour l’aider à se détendre décidément. Il se jaugea dans le miroir de plein pied collé au mur de la cabine. Mouais… Jamais il ne s’habituerait à ce genre de tenues, tellement pompeuses selon lui. Enfin. Un à un, il ôta ses piercing pour ne plus laisser que le labret en place. Et ceux que la décence dissimulait aux yeux des autres. Puis il attrapa le peigne posé sur la coiffeuse, ramena ses cheveux en arrière. Un tout petit peu de laque. La génétique avait été clémente avec lui, le gratifiant d’une touffe assez facilement modelable. Les yeux gris rencontrèrent ceux de son double dans la glace. Las. Il avait l’air las.

Se forçant à adopter un masque plus avenant, Eike sortit de la cabine. Il triturait nerveusement un des pans de sa veste en rejoignant la salle principale, le mystérieux paquet tenu de l'autre côté. Ses vêtements étaient restés dans la cabine, tout comme ses lourdes bottes si peu appropriées à sa nouvelle tenue. Immobile à présent, hormis la main qui continuait son mouvement à l’allure de toc, il attendait…
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Destination folie   Dim 24 Aoû - 22:20

Elle frémissait à chaque pas, à chaque fois qu’il l’effleurait. Mais que faire ? Le plaquer contre le mur, le coincer et l’entourer d’une de ses jambes pour qu’il ne bouge plus et enfin l’embrasser et mordre son cou parfumé comme un vampire apprécie sa proie avant de la vider… Quelle horreur, elle avait des pensées plus osées qu’avant. Celle de sentir la main d’Eike glisser le long de ses reins, attraper sa cuisse… STOP. Elle ouvrit les yeux en grand afin que la lumière chasse ces effroyables et pourtant tentantes pensées qui commençaient à la hanter. Leurs doigts entrelacés étaient comme ces liens visibles autour desquels se tissaient encore des attaches invisibles. C’était l’une des seules fois où elle était dans cette position, d’ailleurs. Des petits amis, elle n’en avait guère eu des tonnes. Deux ou trois, tout au plus. Son travail l’en empêchait.

Il n’était pas celui qu’elle croyait ? Mais elle était prête à tout accepter. Travesti, drogué jusqu’à la moelle, même sadique. Prête à tout pour lui plaire aussi. Mais le moment exigeait une certaine tenue. Et pourtant, à présent, elle se rendait compte à quel point les hommes regardaient Eike avec étonnement et une jalousie féroce. Tout d’abord, ils voyaient Saedis et son minois charmant, son déhanché captivant. Ensuite, ils remarquaient ses doigts embrassés par ceux de l’homme qui n’avait rien de commun et là, c’était le drame. Encore une jolie poupée prise par n’importe qui, se disaient-ils sûrement. Elle se souvenait même qu’une fois, on lui avait dit qu’elle était comme une pouliche encore sauvage, qu’il ne fallait pas qu’elle soit débourrée par un palefrenier incompétent mais plutôt faire d’elle une cavale fringante toujours partante pour la saillie et le saut d’obstacles, dressée à merveille. Jamais elle ne s’y était résolue et avait décidé de rester une sauvageonne. Jusqu’à aujourd’hui où elle tenait bien plus du chaton câlin.

Son regard avant d’entrer la fit doucement sourire. A présent, rien de pire ne pouvait avoir lieu. Elle avait en son cœur un poison amer qui ne tarderait sans doute pas à faire effet. Et bien plus d’une fois durant leur marche silencieuse, elle avait songé à ce qu’elle allait faire si il partait. Elle avait envie de se faire sauter la cervelle. Vite fait, bien fait.

Mon Dieu, quel endroit ! Un palace, plus luxueux que son caveau mais presque trop froid à son goût. C’était d’une hypocrisie qui crevait les yeux. Berk. Les robes, les frous-frous… Non, ce n’était pas tout à fait ce qu’elle portait tous les jours. A présent, c’était elle qui se sentait mal à l’aise. Lorsque leurs doigts se délièrent, elle lança un regard dans lequel on pouvait trouver quelque chose de semblable à de la détresse. C’était assez embêtant. La vendeuse lui montrait de magnifiques tissus, plus divers les uns que les autres. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était hocher de la tête en faisant ce semblant de sourire de poupée. Au final, elle en sélectionna plusieurs, toutes de satin, plus ou moins foncées.

Et au final, cet ultime sourire qu’il lui lança… Sae’ en frissonna. Comme si cela ne présageait rien de bon pour elle. Et enfin, elle s’éloigna, n’ayant que vu la couleur de l’étoffe sur le bras de la vendeuse. Arrivée dans la cabine on lui montra… Cette CHOSE. Elle qui ne portait jamais de robes longues, qu’est-ce que cela allait donner avec cette espèce de fourreau. Saedis demanda alors une brosse à cheveux et quelques accessoires qu’on lui apporta presque sur un plateau d’argent. Elle prit le tout, en tremblant presque avant de s’enfermer et de commencer à enlever son corset ainsi que sa jupe. Soudain, elle passa sa main sur son cou et se retint à la cloison dans un petit bruit sourd.


« Tout va bien mademoiselle ?
- Oui oui merci, ne vous inquiétez pas pour moi. »


Sa voix s’était faite un peu plus ferme pour que cette dame ne se doute de rien. Elle passa alors la robe et s’observa dans la glace. Non, ce n’était vraiment pas elle… Faire un effort. Ainsi, elle décida de prendre les accessoires qu’elle avait demandé, c'est-à-dire un ruban de satin de la même couleur que la robe ainsi que quelques épingles à cheveux. Sans vraiment chercher à faire quelque chose d’alambiqué, elle se retrouva avec un chignon laissant échapper quelques mèches le long de son visage. Elle para le tout du ruban et se regarda dans la glace. Cela faisait bien quinze bonnes minutes qu’elle était là dedans. Elle retira ses bottes qui faisaient franchement tache dans le tableau et se retrouva pieds nus. Elle demanda discrètement si ils avaient les escarpins qui allaient avec. De jolis escarpins à talons hauts dont la couleur était fort semblable avec le tissus de la robe. Heureusement, il se trouva que la vendeuse avait pensé à tout et elle ajusta son maquillage afin de ne pas faire Cendrillon trop goth, évitons les grosses coulées de mascara sur les joues.

Elle se para de l’étole dont le bleu était à peine plus foncé et s’observa de longues minutes. Elle rosit, déglutit et se décida après être restée cinq bonnes secondes devant la seule chose qui la séparait encore de la vue de tous.


Elle s’extirpa timidement de la cabine, soulevant légèrement le bas de la robe, comme une petite fille à qui on vient d’offrir une jolie nouvelle robe. Saedis s’éclaircit délicatement la gorge afin de signaler sa présence après ces longues minutes. Elle se retint de rosir, s’avança vers Eike et prononça, d’abord sur un ton innocent…


« … Je vo…te plais ? »

Ce ne fût qu’après elle se rendit compte à quel point sa phrase était maladroite dans cette situation, si bien qu’elle se rattrapa en prononçant à la va vite.

« Enfin, est-ce que la robe et l’étole v… te plaisent ? Ou tu veux que j’essaye autre chose ? En tout cas, tu es très élégant dans ce costume, Eike…»

Elle s’était enfin décidée à le tutoyer et à l’appeler par son prénom (du moins elle le pensait), mais semblait si gênée que ce n’était plus vraiment elle. Du moins, pas la même. Une Saedis distinguée, délicate, réservée mais soucieuse de plaire à celui qui l’avait emmenée ici.
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MessageSujet: Re: Destination folie   Lun 25 Aoû - 0:05

Si elle lui plaisait ? Haha. Elle n’aurait même pas posé la question pour peut qu’elle fut dans ses chaussures. Ou plutôt dans sa mâchoire, si d’aventure cela était possible, qui menaça de se détacher jusqu’au sol à l’instant où Saedis parut. Une lutte acharnée contre la loi de la gravitation s’amorça entre la dite mâchoire et son possesseur. Qui s’assit pour observer la jeune femme, s’accouda même sur le siège, inclinant la tête sur la droite, à présent posée dans la paume de sa main. Ses yeux – pour une fois dégagés – allaient et venaient sur la silhouette de sirène que donnait lui donnait cette robe. Il prit son temps. Comme ces nuits où elle se dévêtait sur scène, devant un public tout acquis à sa cause autant que l’était son patron, bien qu’encore inconscient de cela à l’époque. La manière dont il la couvait du regard… s’aurait été pareil si elle n’avait rien porté.

Le tissu était tellement léger qu’il paraissait couler sur ses formes comme des eaux sombres, les épousant avec une telle perfection. Respire mon gars. Oh non… elle rougit encore. Qu’est-ce qu’elle est belle… Mordillement de lèvre, une fois n’est pas coutume. Puis il se leva, avec une souplesse sortie de nulle part qui le surprit. Lui qui se sentait… Les jambes en coton, bien que cela ne se remarquait apparemment pas, Eike entreprit de faire le tour de la divine apparition. En silence. Avec lenteur. En songeant qu’il la mettait sûrement mal à l’aise en se comportant de la sorte. Ce qui l’amusa, le fit sourire. Il conserva cet habillage aux lèvres au moment de passer devant le visage inquiet de la nordique. Puis continua son inspection. Un nouveau tour… Trois au total. Parce qu’il ne savait tout bonnement pas quoi dire.

Epoustouflante ? Sublime ? Excitante ? Magnifique ? Un port de reine. C’était bien une danseuse. Et une femme, avant tout. Même si elle portait habituellement sa féminité d’une autre manière, elle était éclatante ainsi vêtue. Il pensa à ces bagues qui attendaient dans le paquet. Si seulement… ce ne serait malheureusement qu’un simulacre. Penser à autre chose. Seigneur… ces fesses ! Si le lieu n’avait pas nécessité de la retenue, il aurait volontiers mordu bien fort dans une de ses phalanges pour se calmer un peu. Les escarpins exagéraient la courbure de ses reins, juste ce qu’il fallait pour faire ressortir la forme superbe de celles-ci. Et le tissu qui les recouvrait à peine plus que la brume qui flottait tout les matins sur la chaîne de montagnes qui enclavait la cité.

Criminel.

Ce n’était qu’un homme après tout. Aussi faible que tous les autres face aux charmes féminins. Et quels charmes elle avait… Il se surprit à se demander quelle lingerie elle portait en dessous du fin tissu, à regarder plus précisément s’il pouvait distinguer les délicates marques d’une dentelle ouvragée ou de broderies savantes. Oh ! Un peu de tenue mon vieux… Qu’est-ce que tu fiches.

Arrivé à nouveau devant elle… Eike se força à sortir du mutisme. Elle n’était visiblement pas à l’aise et finirait par croire que quelque chose n’allait pas si aucun son ne sortait de sa bouche.

« Une véritable princesse… »


Sans faire attention, ce fut les premiers mots qu’il prononça, d’une voix étouffée par une émotion certaine.

« Tu es faite pour ça on dirait… Pas comme moi. J’ai l’air d’un mafieux là dedans. Depuis quand c’est élégant un yakuza ? » , ajouta-t-il, sur un ton de plaisanterie mal assuré. « Tu me plais oui. Beaucoup . », souffla-t-il, en appuyant volontairement sur le "me" et le "beaucoup".

Sa voix avait repris cette profondeur confidentielle, ces couleurs chaudes qu’elle n’arborait qu’en présence de Saedis. Et devint même à nouveau impérieuse quand elle porta les mots suivant :

« Ne bouges pas. »

Le chevalier servant – ou le transfuge de la CosaNostra en provenance directe de Sicile, c’était selon – fit demi tour et revint vers la belle… le fameux paquet à la main. Paru hésiter un moment. Comment s’y prendre ? Allez… autant y mettre les formes. Eike sortit une petite boîte en velours rouge du paquet, celle qui reposait au sommet de la pile qu’il contenait. Posa un genou à terre, leva son regard perle vers elle…

« Donnes moi ta main, s’il te plaît… »

Mince, c’était quoi ce ton ? Lui-même se laissait prendre au jeu. Un peu trop, indiquait la mélodie émue qui s’échappait de ses lèvres, juste audible par son vis-à-vis. Il ouvrit la boîte et se saisit cérémonieusement de la main opaline qui pendait au côté de cette femme. Tout comme un fiancé l’aurait fait lors de sa demande officielle. Juste sans les formules consacrées. Puisque ce n’était pas pour de vrai, malgré ce qu’il sentait l’animer au moment de faire les gestes d’un amoureux.

Il lui passa lentement la première bague. Celle qui aurait du être de fiançailles justement.

Spoiler:
 

Une monture ouvragée, en or blanc, surmontée d’un saphir bleu profond. Qu’il enfila à l’envers, pour ne pas qu’elle gêne ensuite la mise en place de la seconde bague.

Spoiler:
 

L’alliance. Car elle serait sa femme ce soir là.Même pour une seule nuit, même si ce n'était que théâtre... il se dit que ça valait le coup. Elle était...véritablement magnifique dans ce fourreau de soie.

L’homme se saisit de l’anneau sans rompre le silence et le passa au doigt de Saedis. La fixa intensément dans les yeux. En se disant qu’il débloquait complètement. Mais qu’est ce que je fous le genou à terre… à la regarder comme ça…Un anneau ciselé, entouré de deux rangs de saphirs. Simple mais élégant. Tout comme elle.

Et se releva, sans rien dire, privé de parole une fois de plus. Pour s’en aller chercher un écrin de plus dans le paquet en provenance de la bijouterie. Elle ne le vit pas fermer les yeux et inspirer profondément à plusieurs reprises. Seulement se retourner, une expression douce peinte au visage, les yeux rivés sur elle, brillants… pour s’approcher encore une fois.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Destination folie   Lun 25 Aoû - 0:42

Ses tours et ses détours autour de son corps fébrile la rendait encore plus nerveuse si bien qu’elle s’en tordait les doigts discrètement. Elle n’avait pas l’habitude d’être serrée de partout, comme ça, comme un saucisson. Elle se sentait comme un saucisson. Etait-elle grosse ? Cette idée lui traversa l’esprit. Oh mon Dieu ! Je suis grosse, je dénature la robe. Je suis affreuse… J’ai loupé ma coiffure. Non, non, calme. Il fallait qu’elle se calme. Etrangement, elle était soudainement en position de jouet, tout comme elle s’était, d’un sens, servie d’Eike dans le caveau à croquenots. Ses yeux se baissaient, de temps à autre, bien trop tétanisée pour le suivre du regard. Et pourtant, il semblait adorer la voir si angoissée à l’idée de lui déplaire. Non, pitié Eike, cesse de me regarder comme ça.

Et le jugement tomba alors qu’il était là, face à elle. Quelques pas et elle aurait pu lui voler un furtif baiser et… Lui peindre les lèvres d’un rouge sang par la même occasion. Mauvaise idée. Quoiqu’en fille, il devait être très sexy. Elle tenta de masquer son rire dans un pseudo toussotement. Une princesse ? Grand Dieu, ne rougis pas Sae, tu sais bien que ça fait horriblement moche sur toi. Faite pour ça, il fallait vraiment être fou pour dire ça d’un sapin de Noël dans du papier crépon. Elle se sentait maladroite, vraiment comme… Une tache dans le décor idyllique. Mais elle ne broncha pas, se contentant d’un petit sourire discret et timide qui… Fit ressortir ses fossettes. C’était devenu comme un jeu. Un jeu mortel.

Le plus étonnant fut lorsqu’il posa son genou à terre après lui avoir donné un ordre presque trop ferme… Manquant de tourner de l’œil, elle eu du mal à comprendre, en premier lieu, ce qu’il lui demandait. Sa main ? Oh mais oui, sa main, bien sûr. Mais pourquoi tant de fanfreluches, oh pitié… Sa main tremblante n’osait même pas se présenter à Eike qui pourtant parvint à lui glisser les deux bagues sur son doigt… Elle était partagée entre l’envie de rire nerveusement et rester dans ce jeu ou alors se mettre à pleurer, retirer les bagues, les envoyer choir à terre et s’en aller comme une mariée fuit l’autel sous les regards effarés des convives et lui hurler « arrête cette mascarade ». Mais non, elle resta bien tranquille.

Elle n’avait jamais remarqué la teinte si claire de ses yeux gris. Un peu plus et elle se laissait tomber à genoux devant lui pour le serrer dans ses bras et lui dire qu’il avait le regard le plus beau du monde. Plus beau que tous les paysages de Finlande, plus chaud que tous les saunas, pour captivant que toute l’Islande… Il était cet homme qui la menait toujours aux limites de la folie. Ou même en plein dedans.

Il s’éloignait, une chance… A peine se retournait-il vers Saedis que cette dernière lui tournait le dos, observant cette bague qui n’avait aucune valeur au niveau de l’Etat… Mais si Eike savait… Que l’Islandaise se sentait à présent liée à lui par quelque chose de bien plus fort qu’un mariage ? Il fallait que tout s’arrête. Elle murmura tout bas, comme pour elle-même.


« J’en peux plus… »

Ne pleure pas, ne t’en prie Sae, ne lui montre pas comme ça te fait du mal. Pourtant, le fait de lui tourner le dos était comme une façon de lui montrer qu’elle n’était pas si indifférente que ça. Au final, elle refit face à cet homme avec qui elle était, à présent et surtout soit disant mariée. Ses yeux respiraient la détresse, le besoin de se vider de leurs larmes emmagasinées depuis des années ou même le souvenir de celles versées sur son oreiller qu’elle mordait des nuits durant, refusant de jeter un sanglot pour ça.

Elle ne pouvait pas lui dire « Chéri » ou « Mon cher et tendre ». c’était comme trahir ses réels sentiments lors d’une représentation factice, elle ne souhaitait pas faire subir ça à son orgueil qui en prenait quand même un sacré coup. Et pourtant, ses lèvres formèrent silencieusement envers son hôte un simple :


« Eike, il faut que je sorte d’ici… »

Une fois sortie, qu’allait-elle faire ? Rester digne ? Comme ces poupées oubliées dans les greniers qui sourient malgré les toiles d’araignée qui s’accumulent sur leurs jupons et leurs visages dépolis ? Ou se mettre à pleurer comme une petite fille en attendant secrètement qu’il la prenne dans ses bras ? C’était un problème. Pourtant, elle avait hâte de sortir de cet endroit qui, malgré les pots pourris qui diffusaient un parfum agréable, puait le surfait. C’était affreusement superficiel. Inconsciemment, elle laissa glisser son regard sur celui qui était censé être son mari. Douce perspective, douloureuse réalité contenue en ces simples mots : « censé être ».

S’approchant de lui, non pas pour le toucher mais pour se rassurer, elle lança vers lui un regard d’autant plus pressant. Il fallait qu’elle sorte, il ne fallait pas se montrer faible dans ce monde et pourtant, elle était prête à laisser voir ses larmes à quelqu’un comme Eike qu’elle avait presque vu comme un loup aux crocs acérés qui ne tarderait pas à lui mettre la main aux fesses.

Et pourtant… Non.

Eike était un homme… Comme elle le voulait. Oui, serviable, un rien imprévisible, réceptif à ce qu’elle voulait, pas soumis pour autant… Et il lui semblait bel et bien qu’elle…

L’Aimait.
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MessageSujet: Re: Destination folie   Lun 25 Aoû - 11:29

Immobile. Une icône qui n’aurait pas dépareillé dans les plus chics endroits comme au sein des plus beaux et sauvages paysages sur Terre. A peine un souffle soulevant imperceptiblement sa poitrine, à l’arrondi parfait, pour souligner qu’elle était vivante. Aucun mouvement, aucune protestation. Rien. Saedis se laissa faire avec une docilité surprenante chez une fille de son caractère. Dignité de reine, douceur enfantine. Tout ce qu’Eike voyait d’elle aujourd’hui était à la fois diamétralement opposé au portrait de la fille qui travaillait pour lui, en correspondant pourtant à ce qu’il avait deviné en elle et qui l’avait attaché jour après jour un peu plus. Une perfection qu’il n’avait jamais rencontré jusque là chez un humain, depuis tout ce temps passé parmi eux.

Ou bien qu’il s’était toujours refusé à voir ? Avait-il passé trop de temps parmi eux justement… pour se sentir à présent si proche de l’un d’entre eux ? Cela faisait des siècles. Des siècles qu’il n’avait plus rien de commun avec cette espèce dont pourtant il était issu comme chacun des hommes et des femmes dont il avait manipulé la vie pour le compte de l’As. Quanticum l’avait changé. Drastiquement. Plus profondément que n’importe quelle expérience n’aurait pu le marquer. Devenu un des Cavalier de l’Apocalypse, l’humanité derrière laquelle se cachait le véritable personnage d’Eike était feinte. Un joli rôle bien maîtrisé, porté par les souvenirs réels d’avoir un jour été ainsi. Du moins croyait-il que ce n’était plus que théâtre.

Jusqu’à elle.

Quelque chose changea dans le regard glacier de l’Islandaise. Toujours droite comme i. Mais nulle trace au fond de ses prunelles de cet amusement candide de petite fille qui avait illuminé le début de l’après midi. Pas plus que des flammes de colère qui avaient foudroyé l’homme à la sortie du temple de la chaussure, après son petit numéro devant le personnel du magasin. Ses yeux étaient voilés. Comme après la dispute dans la ruelle. Avant qu’il ne lui parle, ne la rassure, n’en dise un peu trop. Avant qu’elle ne lui donne ce… ce baiser. Le souvenir et son cortège de sensations étaient encore trop vivaces. Un discret frisson lui courut le long du dos, jusque dans le bout des doigts. Mais ce regard. Puis cette supplique muette.

« … sortir d’ici. »

Saedis avait l’air d’étouffer. Semblait sur le point de pleurer ou de se briser en mille morceaux. Soudain si fragile. Qu’est-ce qui était en train de se passer ? Qu’est-ce que j’ai encore fait… Il n’y comprenait rien. C’était un mâle après tout. Et même ces années passées à côtoyer les effeuilleuses n’avaient pas suffisament aiguisé son sixième sens au sujet du sexe opposé. Quand bien même une femme lui enverrait tous les signaux possibles pour lui faire comprendre dans quel état elle était, lui n’en saisirait que la surface au mieux. A cet instant, Eike savait que quelque chose n’allait pas, vraiment pas. Qu’il lui fallait agir. Mais ne pigeait ni pourquoi, ni quoi faire au juste.

Un signe de tête à l’adresse de Saedis. Lui signifiant que sa requête avait été entendue. Encore un peu de patience, je t’emmène respirer. Il héla la vendeuse, qui arriva à leur hauteur au petit trot, se fendant d’un regard admiratif vers la jeune femme et d’un sourire commercial pour lui.

« Mettez les vêtements et le service sur ma note je vous prie. Nous sommes assez pressés. Je repasserai demain vous régler. »

Elle hochât la tête. Il prit la main de Sae’. Froide, si froide maintenant. Sentit les bagues à son doigt. Sa femme. Jamais il n’avait été marié, du temps où il arpentait le monde en humain banal. Jamais non plus n’en avait ressenti le moindre désir. Un étrange flash envahit son esprit. La jolie serveuse vêtue d’une robe blanche à corset, remontant l’allée d’une église. Lui, attendant au pied de l’autel, les mains jointes, serrées par l’émotion. N’importe quoi… il n’était même pas catholique, pas religieux pour un sou. Dieu. C’étaient eux les Dieux. Eux qui avaient le pouvoir d’ôter la vie et de la rendre à qui bon leur semblaient. Quanticum, qui détenait la capacité de modeler l’Histoire à sa guise. Mais ces images. Elles lui parurent tellement réelles.

Ce fut le froid du dehors qui le tira de sa rêverie. Arrête de délirer Eike. Tu as autre chose à faire. L’épouser… mais bien sûr. Lui faire des enfants aussi et faire des barbecues au bord de la piscine en été hein ? La grasse matinée à ses côtés, l’amour le matin, plus aucun autre homme qui poserait ses mains sur elle… Et tu es Marry Poppins tiens.

Même un dieu avait ses limites, apparemment. Tenant toujours sa main, ce qu’il faisait naturellement s’aperçut-il, il arrêta un taxi qui passait à leur hauteur. La nuit commençait à tomber. Les lumières de la ville s’allumaient les unes après les autres. Autant de phares brillants destinés à empêcher les âmes de se perdre dans l’obscurité. Pourtant, lui la sentait les envelopper, de plus en plus épaisse à mesure que la soirée avançait vers son dénouement. Avait-elle seulement idée de la noirceur qui l’attendait au bout de cette nuit, avec cet homme là ?
Il attira la pauvre enfant dans le taxi à sa suite, se faisant l’effet d’un satyre ou d’un psychopathe qui enjôlait sa victime afin de mieux la terroriser ensuite. C’était bien la première fois qu’il se posait tel cas de conscience dans son « boulot ». Une nouveauté, ce sentiment de détester ce qu’il était et avait à faire. Hautement désagréable. Et encore, rien ne s’était vraiment passer. Ne pas y penser. Sous peine de paralyser sa volonté. Alors qu’il n’avait plus le droit de reculer. Sinon il n’y arriverait jamais.

Se concentrer sur elle. Assise à côté de lui sur la banquette arrière. Son accent allemand raisonna dans le taxi, intimant l’ordre au chauffeur de se rendre au Plazza, l’hôtel dans lequel ils devaient diner ce soir avec le riche client d’Eike. C’était à l’autre bout de la ville. Largement le temps de parler avec elle et de savoir ce qui se tramait pour qu’elle ait voulu fuir de la sorte. La voiture démarra et se glissa dans le rythme de la circulation, saturée à cette heure ci.

Silence. Pesant. Les yeux gris perdus sur la rue qui défilait lentement au dehors, il le rompit à mi-voix, pour que seule elle l’entende. Ça devenait récurrent aussi, ces apartés juste entre elle et lui. Déstabilisant, cette impression d’être réellement un couple.

« Qu’est-ce qui ne vas pas, Sae’ ? »

Une voix calme, quoi qu’aux accents teintés d’anxiété.

« Si tu ne veux plus y aller, j’annule… Aucun problème. Il peut bien aller se faire foutre en ce qui me concerne, ça ne m’empêchera pas de dormir. Dis-moi ce que tu as… Ça ne te ressemble pas, de vouloir t’en aller ainsi. »

Qu’est-ce qu’il en savait de ce qui ressemblait ou non à Saedis, au fond ? Il ne la regardait pas en s’adressant à elle, seule sa main liée à la sienne maintenait le contact, et c’était bien la preuve qu’il nageait en eaux troubles. Totalement largué, incertain. Ce manque de confiance en lui et en son jugement n’était pas non plus coutumier du bonhomme, au contraire. Le son de sa voix ne portait pas de trace d’agacement ou de reproche, juste l’envie de savoir et de faire ce qu’il fallait pour qu’elle se sente à nouveau bien. Qu’elle sourie encore comme une gamine, comme elle l’avait fait dans la rue alors que l’après-midi commençait. Lui non plus d’ailleurs n’avait plus trop envie d’aller à ce rendez-vous. Au contraire. Eike se sentait lourd, fatigué. Las à l’avance des sourires hypocrites et des marchés douteux, de l’assommante pseudo-conversation qu’il y aurait à tenir pour masquer la réalité des tractations illégales. De la pouffiasse que le client traînerait à coup sûr à son bras, signe extérieur de richesse comme un autre pour lui, en lieu et place d’une femme aimée. Sans parler des regards lubriques qu’il ne manquerait pas de jeter sur Saedis, qui écœuraient d’avance son patron. Il connaissait bien cet homme, savait qu’elle lui plairait et quels étaient ses goûts personnels en matière d’amusements nocturnes, pour lui avoir souvent envoyé des filles. Grand bien leur fasse si elle décidait de changer les plans pour ce soir. Vraiment…

« Je t’assure, rien ne nous oblige à y aller. »

Cette fois, Eike tourna le regard vers elle. Pour qu’elle voit que réellement, le choix lui appartenait, qu’un seul mot changerait la destination de ce taxi qui avait des allures de corbillard tant l’atmosphère à l’intérieur y était sinistre, plombante et triste comme ces pluies d’automne qui vous glacent jusqu’aux os et ne s’arrêtent jamais de tomber.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Destination folie   Lun 25 Aoû - 12:18

Saedis respira lorsqu’ils sortirent du magasin… Pourquoi prenait-il ainsi sa main ? Et pourquoi avait-il cette façon de la couver du regard ? Avait-il perdu la raison ou était-ce cette petite étincelle de folie qui lui faisait voir Saedis comme sa femme légitime et non comme une actrice… Une actrice. Saedis se voyait comme cela maintenant. Une de ces marionnettes que tous aiment parce qu’elle est jolie et si bien commandée. Que son Maître n’abandonnera jamais, parce qu’au fond, il la maintient comme sa propre compagne. C’était un jeu sans retour, une de ces comédies qui, sous l’effet d’un seul faux pas, pouvait sombrer dans les méandres de la tragédie la plus mouillée de larmes qui existait en ce bas monde.

Etrangement, elle partagea cette pensée, sans le savoir. Eux, écoutant ce que disait un homme en habit de clerc… In domine patris et filii et spiritus. Sancti. Amen.
Débauchée ! Tu pensais à te marier devant Dieu alors que tu n’avais bigrement fait que le renier tout au long de ta vie. Cesse un peu de te faire des idées, tu ne mérites même pas l’absolution. Et pourtant, tu prends des allures de martyre aujourd’hui…

Oh combien de fois avait-elle rêvé de voir ces magnifiques bijoux à son doigt ? Des centaines de fois. Mais cette fois-ci… C’était un cauchemar. Elle nageait tant bien que mal dans des eaux infestées de peurs qui menaçaient de refermer leurs mâchoires sur elle. Sae ne reprit vraiment ses esprits qu’une fois que les phares de la voiture ne l’entoure, comme une mise à la lumière du jour. Deuxième vague de désespoir qui grimpait en elle. Elle était une prostituée, une effeuilleuse, une serveuse. Il avait à sa tête sans doute tant d’hommes, c’était… Le jour et la nuit. Assez, éteignez les lumières, la représentation est achevée, laissez moi retirer mon maquillage, cette robe qui ne me seye pas plus qu’une paire de plates-formes à une petite fille de cinq ans. Un regard discret lancé à droite puis à gauche. Trop de monde et elle n’irait pas loin dans ce fourreau. Ainsi, même la robe était une prison, tout comme celle dans laquelle l’enfermait Eike à chaque fois qu’il l’englobait de son regard qui lui faisait penser à ces métaux précieux en pleine fusion.

L’entrée dans le taxi, silencieuse… On se serait cru à une de ces processions au flambeau, en mémoire de quelqu’un qui nous avait quitté… Son cœur l’avait quittée, effectivement. A présent, elle le lui avait offert, sans savoir ce qu’il allait en faire. Misère, si il le brisait, elle briserait le reste de son corps. Le désespoir qui en résulterait la mènerait au suicide. C’était certain. Cette question… Ce qui n’allait pas ? Si il savait. Elle se sentait gourde dans cette robe, pas à sa place. Ce changement de décor était trop brusque, elle n’avait pas l’habitude de porter de si belles choses, si élégantes. Elle était faite pour les robes courtes et aguicheuses, pas pour ces magnifiques enfilades de tissus précieux. Elle ne tourna même pas son regard vers lui. Tant mieux, il poursuivait.

Son regard bleu vert glissa sur leurs mains entrelacées. Et ça, était-ce pour la forme ou… ? Ne te fais pas trop d’illusions, oublie ton imagination, elle est pourrie. Elle ne veut que te blesser, as-tu oublier, jolie petite nordique ? Alors oublie.

Ce fut alors qu’elle releva les yeux vers Eike et prononça quelques mots parfaitement détachés.


« On va y aller. »

Mais cela ne tint pas, l’eau monta dans ses yeux et menaça d’inonder ses joues qui se faisaient tirées, à présent. Cette expression qui montrait qu’on allait craquer dans les secondes à venir…

« Eike, ce qui ne me ressemble pas, ce sont ces belles choses… Je ne me sens pas à ma place. Je vais faire cet effort pour toi… Mais promets moi de ne jamais me demander de refaire ça… »

Son regard passa sur leurs mains, sur ces bagues… C’était trop. Elle détourna la tête, secouée d’un sanglot silencieux, sentant la délivrance couler sur ses joues… Non, c’était encore pire. Elle se sentait à présent tellement idiote de pleurer devant lui. Arrête de pleurer Saedis, arrête de pleurer… Trop tard… Elle porta une main à une de ses joues pour en essuyer le torrent ruisselant. Sa tête détournée, elle en vint même à délier leurs mains, le visage toujours tourné vers cette vitre de taxi qui se couvrait de buée et dans laquelle elle refusait d’observer son reflet. Ce n’était pas un non à la soirée, c’était une ultime étincelle de rébellion… Après cela, elle se montrerait sans doute comme une épouse comblée, jouant parfaitement aux côtés d’Eike tandis qu’en elle, ce poison qui lui picotait l’orgueil lui disait qu’elle avait bien tort de ne pas profiter de ces moments en taxi pour lui demander de la prendre dans ses bras, l’embrasser tendrement, laisser sa main courir sur le côté de son visage.

Non, elle avait plutôt envie de sortir du taxi. Non pas pour lui échapper, plutôt pour mettre un terme à tout ça. Mais mieux valait qu’elle ne fasse aucune vague dans la vie de celui qu’elle n’appelait même plus Patron… Non, elle avait plutôt envie de lui murmurer des « mon Amour » au creux de l’oreille, remettre en place ses mèches folles qu’il avait écarté de son visage… Quel dommage.
A vrai dire, elle aimait bien plus le côté fou et impérieux d’Eike plutôt que quand il se déguisait en dark pingouin. Avait-il prit la peine de prendre aussi le Beretta qui allait avec ? Ou un de ces guns qui donnaient une impression de pouvoir mais qui n’avait que très peu de portée. Mieux valait la mitrailleuse.

Mais bon sang, qu’est-ce qu’elle disait ? Elle n’y connaissait bigrement rien aux armes. Alors leurs portées, n’en parlons même pas. Quelle étrange sensation de connaître ce genre de choses. La seule arme qu’elle avait eu en main, c’était… Son charme, sans doute.

A peine une seconde s’était écoulée après ce pas de travers. Elle pleurait peu en public, si ce n’était pas du tout. Elle se l’était toujours interdit. Alors pourquoi avec lui ? Pourquoi dans ce taxi qui l’emmenait jusqu’à la scène qui allait l’exposer aux yeux de tous dans un cadre qui ne lui était pas familier pour deux sous ?

Prendre un cheval pour partir, loin… Un cheval ? Bon Dieu, qu’est-ce qu’elle disait ? Elle déconnait à plein tube. Il n’y avait aucun cheval dans cette ville, pas plus qu’elle ne connaissait la portée d’un Beretta.

Elle n’osait plus se tourner vers Eike. Pas parce qu’elle avait honte. Plutôt parce qu’elle aurait cette envie irrésistible qu’il la console, qu’il lui dise que ce n’était qu’une mauvaise passade et que tout s’arrangerait mais qu’il fallait qu’elle soit forte. Forte, elle n’avait pas su l’être. Avait-elle échoué ? Peut-être pas… Elle ne voulait pas le décevoir, même après ce tour qu’il lui jouait avec maestria…
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XIII
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MessageSujet: Re: Destination folie   Lun 25 Aoû - 17:02

Un glissement de terrain. Une faille dans la mécanique bien huilée qui aurait du faire tourner les engrenages sur un axe précis. Rien ne fonctionnait plus, la machine s’emballait et venait de lui éclater à la tronche. Eike l’entendait sangloter, le bruit des larmes étouffé tant bien que mal dans ce qui s’appelait dignité et allait si merveilleusement à la jeune femme. Elle pleurait, là tout à côté de lui, le visage tourné vers la route comme le fut le sien une minute plus tôt. Drôle de mimétisme. Drôle de manière d’agir, que de se cacher ainsi, quand l’essence même de son métier était justement de se dévoiler. La maîtresse femme capable de jouer tous les rôles, l’effeuilleuse, l’artiste rompue à la scène laissait place à une enfant fragile, déboussolée qui s’effondrait un peu plus à chaque seconde passée.

A cause d’une robe ? A cause de choses trop belles pour elle ? A cause de quoi… réellement ? Promets-moi de ne jamais plus me demander de faire ça, avait-elle dit, la voix tremblante, étranglée par le flot d’émotions et de larmes. Tout ce que tu veux s’entendit-il penser. Je te promettrais tout ce que tu veux Saedis. Même si ce ne sera que mensonges. Une demi-vérité, voilà ce qu’elle lui avait servit. Pouvait-il seulement lui en tenir rigueur ? Certainement pas, vu tout ce qu’il cachait.

Oh ciel… Saedis… Pas ça, tout mais pas ça. Ne pleures pas je t’en prie. Je ne sais pas gérer ça. Les crises de nerfs de clients saouls qui se prennent pour le nombril du monde, oui. Les coucheries sans lendemain, sans matin même, vu que je suis du genre à foutre le camp avant que l’aube ne pointe. Toutes les emmerdes de la terre. Le sang. Les coups. Les magouilles. Tout mais pas une femme qui pleure. Ni cette sensation que ces larmes coulent par ma faute.

Qu’est-ce qu’il faut que je fasse, bordel ?

La question récurrente de la soirée. Pédale dans la semoule mon coco, parce que tu n’as vraiment rien d’un maître es gestion de chagrins. Sur le moment, sa main hésitant frôlant l’épaule de Saedis pour se retirer de suite comme prise en faute, Eike aurait tout donné pour s’être tapé tous les bouquins du type qui a pondu « les hommes viennent de Mars et les femmes de Venus ». Il se serait forcément trouvé un seul conseil valable au moins dans ce ramassis de conneries, un phare pour l’empêcher de se manger les rochers de la grève vers lesquels il se sentait filer tout droit comme un bateau en pleine tempête. La corde s’il vous plaît. Où est la corde ? L’unique corde dans le coin, c’est celle sur laquelle tu marches. Et tu vas te casser méchamment la gueule si ça continue à ce rythme.

Bouge. Fais quelque chose. N’importe quoi mais bouge. Non surtout pas n’importe quoi. Réfléchis. Et vite.

Hors de question d’aller à ce dîner merdique maintenant. Déjà parce que lui imposer ça semblait un manque de respect et de délicatesse comme il n’en avait jamais fait preuve à son égard. Ensuite parce qu’il aurait eut l’envie d’exploser toutes les dents du gros porc sud-américain qu’il devait voir, au moindre regard trop trainant sur elle, tellement le stress emplissait chacune de ses cellules à présent. Du calme, c’est ce qu’il fallait. Mettre fin à tout ça, pour de bon. Comment je vais pouvoir la…

Tuer.

Une chose à la fois où ton cerveau va exploser. Ça ferait désordre quand même, des bouts de cervelle partout sur la banquette. Vous n’êtes pas Jackie et John Kennedy. On n’est pas à Dallas. On est dans la merde et vous êtes… Rien. Vous ne serez jamais rien. Rentres toi ça une bonne fois pour toutes au fond de la caboche. Tout le monde ne s’en portera que mieux.

Oh les bons conseils de la conscience. Sage conscience. Que l’on n’écoute jamais. Pour chouiner en suite sur le mode « si j’avais su… ». Alors qu’on savait parfaitement. Qu’on a juste fait la sourde oreille, spécialité bien connue de Eike aujourd’hui et qu’il entendait continuer à pratiquer vu ce que qu’il se décida à faire.

L’abruti se pencha sur Saedis, enroula un bras autour d’elle avec précaution comme s’il avait peur de la briser et vint la lover contre son épaule. Sa main remonta pour caresser ses longs cheveux noirs. Noirs comme le rimmel qui coulait sous ses yeux. Même comme ça, elle était belle. Fragile. Humaine. Sa main libre plongea dans une poche. Il décrocha son téléphone, appuya sur la touche rappel automatique. Le silence se brisa un instant, le temps pour lui de parler espagnol avec un accent et un vocabulaire pas si mauvais que ça, il fallait le reconnaître… si l’heure avait été à l’autocongratulation et force était d’avouer que c’était loin d’être le cas. Dîner annulé. Une partie de l’affaire classée.

Le pire était devant lui.

Laissant choir le cellulaire sur la banquette de cuir du taxi, Eike serra la serveuse contre lui et déposa un baiser sur son front. Qui voulait dire « pardon, si j’avais su… ». Haha ! Le fameux, l’incontournable, le risible si j’avais su. En plein dans le mille. Au moins ne l’avait-il pas dit tout haut, c’était déjà ça…

Ou pas.

Parce que la suite des évènements tenait de la haute voltige en matière de connerie. Il devrait le concéder une fois qu’il se repasserait le film, en toute intimité avec son assassine et acerbe conscience pour seule compagne. Sa voix la plus douce, la plus rassurante, vint dire au creux de l’oreille de Saedis :

« On rentre. Donne l’adresse au chauffeur… »

On rentre. L’adresse. Sous entendu celle de ton appartement. Mais où tu te crois ? En plein milieu d’un remake de film ? Vous allez monter chez elle, tu vas la consoler, elle va te tomber dans les bras et happy end. Bravo. Palme d’or de la stupidité. Prix du jury et même du public si tu veux tout savoir. Une scénette qui fera date dans l’histoire de la bêtise humaine. En bonne place entre « j’ai oublié de prendre ma pilule » et « merde, j’avais laissé la porte du balcon ouverte et le gamin est tombé. ».

Tu crois peut-être que c’est ça qui va tout arranger ?

Tout n'en serait que plus difficile, Eike le savait bien. Seule avec elle là bas. Dans son petit monde. Péché d’envie. De savoir où elle vivait. De maintenir l’illusion qu’il était quelqu’un de bien, celui sur qui elle avait toujours posé des yeux aimants – il s’en rendait compte maintenant – au bar ou depuis la scène. De garder vivant un mensonge prêt à voler en éclat, coûte que coûte, jusqu’à la dernière seconde. Péché d’envie. De la garder ainsi serrée contre lui. D’être un type qu’il ne pouvait pas être. Le fou cumulait les péchés en fait. Envie, luxure, orgueil. Au minimum syndical.

Tout ça pour quoi ? Parce qu’elle pleurait. Et que ça le chamboulait comme rien d’autre jusqu’ici.

Sauver le peu qui restait à tirer des griffes du destin. Ses propres griffes en réalité. Jusqu’à ce qu’elles se referment sur son cou, étranglent sa gorge fine qu’il avait embrassée, lui vole son souffle et violace ses lèvres rouge sang.

Voilà ce qui les attendait en vérité. Bien caché derrière le paravent rassurant de ces bras autour d’elle, de leur chaleur mêlée, de sa main qui ne cessait de caresser ses cheveux, sa tête, pour la bercer. L’endormir. Si seulement elle pouvait dormir quand il lui faudrait lever le voile de cette odieuse manière.

Telle était la teneur de ses pensées.

De bien sombres augures, nichées au creux de sa cervelle malade, inaccessibles avertissements pour celle qui aurait mieux fait de s’enfuir, autant que pour le bourreau qui refusait de leur prêter oreille...
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: Destination folie   Lun 25 Aoû - 18:13

Pourquoi ne la touchait-il pas, elle se sentait si laide. Comme si le fait qu’il n’esquisse pas un geste vers elle était la plus difficile des interrogations. Touches-moi pour enfin sentir comme je tremble, rassures-moi, tu sais si bien le faire. Ne me laisse pas me dégrader ainsi. Mais délivrance. Dieu, es-tu avec moi ? Elle qui n’avait été croyante au début de sa vie que par obligation… Elle se sentait comme au bord du miracle. Comme son épaule était douce à sa peine, comme sa main était délicate pour la douleur qu’elle avait elle-même créée. Peu importait, enfin elle se sentait bien. Quelques mots échangés au téléphone, un accent allemand presque risible. Au fond, elle se demandait si elle avait bien l’exacte intuition que ce dîner n’allait pas avoir lieu.

D’un mouvement discret, elle s’observa dans le rétroviseur du chauffeur et tenta de chasser le rimmel qui avait coulé sur ses joues, lui donnant une de ces allures dont raffolais les gotho-pouffes, pensant que ça faisait Dark Virgin éplorée. N’importe quoi, c’était très vilain. Elle entendait les cordes vocales d’Eike vibrer non loin de son oreille, c’était si agréable qu’elle se serait volontiers endormie tout contre lui, sentant sa chaleur entourer son propre corps refroidit par les larmes. Et pourtant, elle ne rêvait pas, elle avait bien deviné. Chez elle ? Non, Saedis, arrête les films du genre Titanic. De toutes manières, vous n’allez pas faire l’amour dans la voiture.

Idiote.

Reprenant ses esprits elle se pencha légèrement vers le chauffeur et dit d’une voix très légèrement voilée.


« Au 8 Friedhofstraße je vous prie. »

Le chauffeur fit un grand coup de volant pour pouvoir prendre le chemin opposé à celui qu’ils suivaient. Déséquilibrée, Saedis se retrouva à la même place que précédemment : Contre Eike, dans cette voiture un rien surchauffée. Son regard brillant se plongea dans celui d’Eike à qui elle se mit à offrir un petit sourire discret mais plein de reconnaissance. Pas comme ces sourires qu’ont les petites filles capricieuses lorsqu’on leur cède. Plutôt comme lorsqu’on vous apprend qu’une mauvaise nouvelle s’était avérée fausse et que tout allait bien. D’une main douce, elle replaça les mèches folles devant le visage de l’homme, sans un mot. Elle avait envie de le voir naturel, pas dans tous ces artifices qui pourtant lui donnaient une allure particulièrement élégante. Mais elle l’aimait comme il était, habillé de pantalons si larges qu’il ressemblait à ces gens qui ne peuvent se déplacer sans la moitié de leurs effets. Peu importait, il était tellement mieux sans toutes ces conneries.

Peu importe si elle venait presque de se vautrer sur lui, elle reprenait ce côté si naturel, si… Différent de d’habitude.

La Friedhofstraße n’était pas loin et les déposa environs cinq minutes après, devant une bâtisse de six étages, l’allure un peu délabrée, même sacrément glauque. Sortant la première, elle observa cette porte qui la fit soupirer. Allait-elle entrer… Seule ? Sans un mot, elle lui prit doucement la main, presque timidement même. L’embrasser avait été moins difficile. A présent que le processus avait débuté, elle n’avait plus envie de le laisser partir. Si bien même que lorsque le taxi s’éloigna, elle posa délicatement le bout de son index sur les lèvres d’Eike. Ne dit rien, ne gâche pas tout en me demandant si c’est vraiment là que je vis, si c’est réellement ce que je veux… Ne dis rien, car même une cave froide et humide serait un Paradis si tu me tenais la main.

Elle le fit monter jusqu’au sixième étage, soulevant d’une main sa robe, tenant fermement celle d’Eike dans l’autre. L’escalier craquait sous ses talons et pourtant, elle le pressait, d’une certaine manière. Profitons de la nuit tant qu’elle n’est pas encore morte, profitons, je t’en supplie, jusqu’à ne plus pouvoir… Pourtant arrivée au sixième, elle se retourna vers lui et resta un moment à l’observer, comme si elle voulait prendre son temps avant de le faire entrer. Des pensées totalement saugrenues prirent place comme « Est-ce que j’ai laissé mes porte-jarretelles sur le rebord de la chaise ? Est-ce que mon lit est fait ? Est-ce qu’il grince encore ? » Si bien qu’elle mit fin à cela en engouffrant la clef dans la serrure de la porte dont les gonds grincèrent lorsqu’elle ouvrit et s’engouffra, lâchant la main d’Eike. Ou plutôt, les laissant glisser pour se quitter et se dirigea pour allumer une lampe qui diffusa une lumière plutôt rouge.

Ce n’était guère luxueux, loin de là. Il y avait le minimum. Une kitchenette, une salle de bain et une pièce principale qui lui servait de chambre et à l’occasion de bureau. Le lit deux places était tendu d’un tissus semblable à du satin rouge. Dans un coin, il y avait une boîte qui débordait de bijoux dont un magnifique collier qui devait prendre tout son cou, pierres noires et grenats savamment alternés pour donner un ensemble, ma foi des plus élégants. Malgré l’aspect délabré de l’extérieur, c’était assez coquet à l’intérieur quoique la décoration laissait à désirer. Une commode dont le premier tiroir débordait de lingerie de la plus simple à la plus recherchée. Les payes lui servaient beaucoup à ça, à vrai dire.

Il y avait deux fenêtres, si bien qu’on voyait au loin… La Place des Lanternes Rouges. En pleine effervescence, façon de parler, presque rien n’était apparent. Et ce parfum qui régnait dans le petit appartement, pas de luxure, pas de vice. De l’orchidée. De l’orchidée et de l’ambre blanc pour être précise. Cela vous faisait légèrement tourner la tête mais cela devenait très agréable lorsqu’on s’y était habitué.

Au bout de quelques secondes, elle se tourna vers Eike qu’elle avait presque lâchement laissé à la porte. Elle prononça à mi-voix, comme pour meubler…


« Bienvenue dans mon modeste chez-moi. »

Elle lui offrit un petit sourire, en coin soit dit en passant avant de dire d’une voix des plus agréables et intimistes.

« Je t’en prie, fermes la porte et prends tes aises… »

Tout d’un coup, elle vit tous les scénarios qui avaient défilés dans sa tête depuis le jour où elle l’avait vu. Le plus souvent, il commençait à l’embrasser comme un fou dans les escalier et que cela se terminait dans quelques grognements presque bestiaux. Ou bien tout était très doux… Mais jamais elle ne s’était imaginée paraître presque novice en face d’elle. D’habitude, elle se montrait plus aguicheuse et en venait bien vite à la position horizontale.

On aurait presque dit… Deux adolescents lors de leur première fois. Depuis le début de cette soirée, elle se sentait si mal à l’aise. Non, plutôt maladroite. Son regard bleu vert se posa sur Eike, lui lançant un regard mêlé de tendresse mais aussi un terrible appel à… La Luxure.



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