Time is the Death and the Healing
Take your last breath 'cause Death is deceiving
Time is the Past, Now and Tomorrow
Days fly so fast, it leaves me so hollow

 
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 [ 8 Friedhofstraße - Saedis Himinn ] Enfer & Paradis

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MessageSujet: [ 8 Friedhofstraße - Saedis Himinn ] Enfer & Paradis   Sam 30 Aoû - 13:58

Idyllique.

Tout se passait tellement bien. Mieux que ça. Tout était presque parfait. Le trajet en taxi à n’échanger rien d’autre que tendres esquisses de désirs enfouis en profondeur, les laissant affleurer à la surface au travers de sourires et de gestes déjà si intimes. Les larmes qui cessèrent. L’espoir qui revenait dans les prunelles claires de Saedis, jusqu’à contaminer son cœur à lui, qui se mettait à penser, rêver que la nuit pourrait continuer sur sa lancée. Les cacher aux yeux du monde et du Destin dans son épais silence drapé de soie bleue.

Mais le Destin se moquait allègrement de lui.

Eike le sentait à chacun des gestes qu’elle lui offrait. Sa main dans ses cheveux, pour lui rendre l’air de ce patron protecteur et aujourd’hui moins distant qu’à l’accoutumée. Le transformer à nouveau en ce qu’il était réellement pour elle. Ce qu’il aurait voulu se voir autorisé à être réellement. Toujours cette main, messagère de promesses ô combien plus tentantes que la pomme maudite du jardin d’Eden, qui revint marier les doigts agiles de l’Islandaise aux siens. Là, debout sur le trottoir, ils n’étaient encore qu’un homme et une femme. Deux simples personnes qui décidaient enfin de s’avouer épris l’un de l’autre, après tant de mois à jouer les accords subtiles de la séduction et du déni, entrelacés dans une mélodie quasi quotidienne qu’ils connaissaient par cœur.

Comme le Destin se riait cruellement de lui.

Le doigt qui se posa sur ses lèvres entrouvertes pour refuser finalement une invitation plus que convoitée, Eike le reçut comme un sinistre éclat de rire emplit de cynisme et d’autant de cruauté que celle dont il sut faire preuve dans la réalisation de ses précédentes… missions. Glacial lui parut le toucher velouté de la pulpe de son index, répandant le froid d’une cellule à une autre dans son corps, dans ses veines. Gelé comme les rivières en plein hiver. Surprit par une pluie qui n’existait nulle part ailleurs qu’en son esprit et son cœur, immatérielle et pourtant le trempant de son flot marmoréen jusqu’au plus petit os de son squelette.

D’ordinaire, le sieur aurait rit de concert. Il aurait goûté le suave sarcasme inclut dans la scène et celles qui suivraient avec autant de plaisir que les lèvres de cette femme quelques heures plus tôt. Comme l’on vide un bon verre de vin, le sombre cavalier aurait bu jusqu’à la lie le poison fabriqué par ses soins, aurait apprécié les arômes enivrants de la peur et de la déception que le nectar n’aurait pas manqué de faire monter aux yeux de la pauvre petite. Le tout en souriant, les lèvres teintées de rouge comme ses longs doigts de sang.
Si seulement tout ceci, tout ce qui l’avait rapproché d’elle et les unissaient à présent avait été comédie du début à la fin. Une pièce de théâtre menée de main de maître, jusqu’au dernier acte tragique à faire pleurer dans les chaumières. Mais le metteur en scène était un autre cette fois. Qui prenait un malin plaisir à voir ses acteurs s’enfoncer plus loin dans le joli petit marécage placé en plein milieu de la route spécialement pour eux. Encore et encore, se glisser pas à pas dans l’eau saumâtre et boueuse. Froide. Qui paraissait sans fond à l’un des malheureux acteurs du duo, tandis que l’autre surnageait encore à la surface.

Pour mieux sombrer dans un instant.

L’écho d’un rire malsain accompagna chaque pas qu’il fit à la suite de la serveuse, jusqu’à son appartement, suspendu entre enfer et paradis. Le marcheur flottant, soudain nauséeux, entre réalité cauchemardesque et une rêverie s’évanouissant en volutes évanescentes. Il l’entendait encore alors qu’il se tenait à l’intérieur à présent, sur le point de refermer la porte comme elle le lui demanda.

Geste qu’Eike exécuta mécaniquement, avec à l’esprit la morne conscience de sceller une fois pour toute la marche des évènements. Sur un chemin dont il aurait tant voulu détourner celle qui se tenait à quelques mètres et dont les yeux cherchaient les siens pour lui dire en silence tout ce qu’elle attendait de lui. Lui renvoyer le reflet inaccessible de ses propres envies, miroirs polis et aussi brillants que la surface d’un lac. Nulle fièvre en lui cependant, bien que s’agitait toujours dans ses entrailles cette douloureuse envie d’elle, de son corps et de ces tendres aveux que n’auraient manqué de se faire les amants.

S’ils avaient pu.

Si l’homme qui marchait, avec une pesante lenteur chevillée au corps, vers la sirène en fourreau couleur des profondeurs océanes avait été un autre. Saedis, drapée de nuit, le forçait sans le vouloir à se remémorer, à chaque pas qui les rapprochait, combien les chimères de leurs vœux s’éloignaient à mesure. Ses pensées scandaient au rythme de sa marche, les yeux baissés plutôt que de soutenir les siens, qu’il allait falloir oublier.

Si jamais cela s'avérait un jour possible.

Eike se faisait l’effet d’un automate, d’une marionnette qui se mouvait juste parce qu’une main pendue au dessus de lui en intimait l’ordre à ses muscles tendus quasi jusqu'au point de rupture. Pourtant rien ne transparaissait sur son visage. Seulement ce regard fuyant, qui évita les yeux adorés jusqu’au dernier instant. Jusqu’au moment de se couler derrière elle. De se coller contre le délié splendide de son dos, frôlant le creux de ses reins qui contait mains délices à venir à qui pouvait se permettre de les cueillir.

Oh, il aurait eut l’argent pour peu qu’elle voulu se voir payer ainsi de lui. Cette nuit, il avait un laissé passé que peu d’hommes obtenaient. L’accès à tout ce qu’il aurait pu convoiter et certainement plus encore.

Et la porte se refermait un peu plus, en un lugubre couinement - résonnant dans sa tête soudain si lourde – harmonieusement synchronisé avec l’enchaînement du jeu de ses mains. La bande son de la plus terrible scène qu’il eut jamais joué, aussi loin qu’Eike était à même de se souvenir sur l’instant.

Eut-il crut que ce serait dur, c’était encore pire que son imagination ne le lui avait montré. Ses bras se refermèrent autour de la taille fine de Saedis. Il demeura sans bouger une fraction de seconde, le visage plongeant dans la chevelure noire pour cesser de respirer l’odeur qui emplissait la pièce. Le parfum de l’orchidée. Qu’il retrouvait au creux de son cou où sa bouche déposait à nouveau des baisers comme ceux volés dans la ruelle après l’invitation timide de la belle. Cette odeur entêtante, enivrante, qui le poursuivait et aiguisait ses sens déjà électrisés par le contact avec sa chair cachée sous le fin tissu.

Cette fleur…
Ultime raillerie du maître qui le poussait à l’irréparable.
Cette fleur…

Eike la cultivait dans la grande serre des jardins suspendus. Le quartier général de Quanticum. Les yeux fermés, tentant d’endiguer le sursaut d’humanité qui n’avait plus sa place en ce lieu et à cet instant, il laissa ses mains danser un ballet exquis mais dont il ne profita qu’à demi. Comme en pilote automatique, elles courraient sur les divines arabesques du corps qu’il serrait. L’une passant et repassant sur le ventre souple de Saedis, s’aventurant un instant plus bas pour remonter aussi tôt. L’autre remontant le chemin serpentin qui allait de ses hanches à sa poitrine, puis à son épaule. Son souffle prenait une cadence plus soutenue à mesure qu’Eike la caressait. Oscillant entre excitation contenue et délicatesse trompeuse, l’esprit écartelé entre l’envie et … le devoir, les deux funestes appareils de mort, déguisés en explorateurs aguerris et enjôleurs, virent se poser de part et d’autre des bras de Saedis.

Montèrent doucement jusqu’à ses épaules dénudées par la coupe du vêtement, encore recouvertes de l’étole assortie à celui-ci. Dont elles débarrassèrent la peau, laissant glisser au sol le tissu pour ne plus être en contact qu’avec la soie naturelle qui recouvrait la chair palpitante et les frêles os de la jeune femme.

Puis, après un dernier baiser qu’Eike fit durer le regret aux lèvres, ses mains jusque là empressées et amoureuses - autant que lui-même - de l’être sur lesquelles elles évoluaient avec une impudeur consommée… ses mains remontèrent le cou gracile et fragile.

Emprisonnèrent la tête de Saedis la seconde suivante, comme pour la tourner vers lui pour lui offrir d’autres baisers beaucoup moins sages.

Clac.

Un bruit sec et se fut fini. Eike la sentit glisser, ses jambes se dérobant à l’instant où il brisa ses vertèbres. Ses yeux se rouvrirent enfin. La soulevant avec délicatesse, comme une fiancée endormie, il la déposa sur le lit qui leur faisait face. Sur la couche qui de nuptiale était devenue mortuaire.

Lui resta debout face au cadavre de la jeune fille, figé dans une attitude froide qui contrastait avec les gestes qui furent les siens durant tout cette maudite journée, tout autant qu’avec les sentiments confus et pénibles dont on pouvait voir les stigmates dans son regard voilé. Les morts avec lesquels il dialoguait, négociant leur âme contre une nouvelle chance de respirer l’air pollué de Ravensburg, ne lui posaient jamais grande difficulté.

Mais cette morte là…

Eike attendait la tempête à présent, les reproches et les questions. Sans la moindre idée des réponses qu’il donnerait. Malgré le discours on ne peut plus rôdé qu’il servait invariablement à tous les Derenhs récoltés par ses soins.

Mais jamais cela n’avait été ainsi.

Cette nuit là, tout était différent.

Atrocement, horriblement, amèrement différent.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: [ 8 Friedhofstraße - Saedis Himinn ] Enfer & Paradis   Sam 30 Aoû - 16:21

Etait-ce ce frisson extatique qui lui parcourait l’échine ou l’étrange impression qui la troubla le plus ? Sentant les bagues encore arrimées à ses doigts, elle languissait de chaque caresse qu’il allait déposer sur ce pauvre petit corps nerveux qui était le sien. Délice, plénitude, légère nervosité… Tout semblait si flou, comme si cette scène se passait au cinéma, façon rêve, contours troubles, voix éthérées qui raisonnaient en un écho tâtonnant, les souffles bien trop mis en avant. Trembler ou s’abandonner au plaisir des mains de cet homme qu’elle avait attendu… Chaque mouvement qu’il faisait la mettait dans une sorte de malaise mêlée à des sensations accrues.

Sensibilité.

Son souffle dans son cou, ses mains… Comme elle savourait les mains d’Eike, sur chaque parcelle de sa peau encore couverte de ce foutu tissu qu’elle n’avait envie que de retirer pour frissonner de plus belle. Le contact entre deux peaux humaines, selon les nordiques, était l’une des plus belles mais aussi des plus délicates à prodiguer pour la simple raison que leur sens tactile sait être en éveil au bon moment. Elle avait apprit à, en quelques sortes, fermer sa peau et ses sens aux autres hommes pour ne leur donner qu’une étrange illusion qu’elle appréciait leurs manières brutes, comme des chiens à la gueule dégoulinante de bave sur un os.

A présent, c’était une explosion de sensations qui lui donnaient cette impression de défaillir. Comme lorsqu’on se penche au dessus d’un flacon pour en humer le parfum que l’on supposait fade et qui vous aspire, vous oblige à fermer les yeux, vous plongeant dans un tourbillon d’émotions, de souvenirs. On soupire, on se laisse aller. On défaille et cherche une place pour se retenir et s’asseoir, pour rêver et apprécier les ultimes bribes de ce parfum qui vous emplit bien plus la tête que les narines.

C’est ainsi que l’Islandaise goûtait aux caresses parfois osées d’Eike. Son cœur… Quel cœur ? Ses battements s’étaient fait si rapides qu’elle n’avait plus l’impression d’en avoir un. Adieu sensations d’étouffement, de douleurs incontrôlables au creux de la poitrine. Adieu, même pour une nuit. Passe et repasse sur ma peau fragile. Enivrement des sens, plus rien n’avait d’importance. Cette mélodie de leurs souffles et de leurs cœurs qui lui rappelait une ancienne balade qu’elle aimait tant écouter, encore au Danemark.

Plus fort.

Elle voulait qu’il se montre encore plus audacieux, qu’il la fasse le supplier, presque, de l’allonger sur le lit, de consommer cette envie qui lui brûlait la peau comme un soleil. Peu importait l’heure, le bruit, à présent, il y avait Lui, il y avait Elle. Chacun de ses baisers comme une lame qui l’écorchait un peu plus, la faisant attendre avec impatience ce remède. Douce odeur d’orchidée mêlée à celle du parfum de la peau d’Eike, douce sensation d’envol vers des yeux meilleurs. Icare inconscient, brûle tes ailes au soleil de l’amour que tu veux enlacer de tes bras frêles.

Illusions.

Toute sa vie n’était qu’une grande mascarade dans laquelle elle ne se soupçonnait même pas.

Le bruit de l’étole au sol, ce doux frou-frou, ce froissement qui aurait pourtant pu être celui de draps. Cruel Eike qui la mettait aux portes de la folie. Pourquoi avait-elle cet étrange pressentiment qu’il allait se passer quelque chose qui allait contrecarrer ses plans ? Quelque chose qu’elle n’avait même pas à l’esprit, la dernière chose à laquelle elle pensait, au fond.

Sixième sens…

Allez-vous en, pensées fileuses de mauvais cocons, laissez moi profiter de ce dont j’ai toujours rêvé. Profiter de ses mains qui remontent le long de mon corps, qui arrive sur mon cou qui a été béni de baisers. Elle se demanda d’un coup pourquoi est-ce qu’il les laissait si longtemps sur sa peau légèrement rougie par le sang qui s’affolait dans ses veines. Pourquoi fais-tu subir ça à mon cou, je ne peux pas aller jusque là… Lorsque comme sous l’effet d’un éléctrochoc…

Flash back.

Enfance, France, père absent, mère morte. Tidité, je ne suis qu’une petite fille après tout. Puis ce Paradis glacé, Finlande, Suède. Laisse-moi goûter encore une fois la glace qui pare tes arbres. Jouer, comme une enfant. Puis enfin, les bras du Danemark. Sin… Prends-moi dans tes bras que je pleure encore une fois. Sentir ton parfum, jasmin et ambre blanc. Tes cheveux clairs dans mes foncés, tes yeux bleus dans mes bleu-vert. Le goût de ta peau, la douceur de tes caresses… Puis, départ, arrivée dans cet endroit hostile, Allemagne, Ravensburg. Ce poste trouvé, un peu par hasard, ce patron… Coup de foudre. Il n’était pas comme les autres, dis moi que je suis jolie à tes yeux. Tout va vite, très vite… Trop vite. Le baiser dans la ruelle, ses mains, ses caresses, je te maintiens la tête sous l’eau, meurs…

Retour à la réalité.
Craquement.

Qui a éteint la lumière ? Pourquoi est-ce que je flotte ? Mon Amour, est-ce que tu m’as… ?

Saedis donna l’impression de s’étrangler légèrement avant que son dernier souffle s’échappe. Molle, comme une poupée de chiffon, les traits détendus par la Mort. Morte par les mains de son amant, du seul qui avait pu avoir son cœur.

Eike, je t’ai donné mon cœur et tu as brisé mon corps… Pourquoi ? Qu’ai-je fait ? Pauvre spectre que tu es, Saedis, à présent tu observes ton meurtrier et ton corps, encore chaud de ses caresse et de ton désir qui avait grandit depuis des semaines.

Mort.
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MessageSujet: Re: [ 8 Friedhofstraße - Saedis Himinn ] Enfer & Paradis   Sam 30 Aoû - 18:02

Remonter le temps.

Un don extraordinaire qui m’est devenu une habitude au fil des années. Des siècles même. Sais-tu à quel point je voudrais maintenant remonter le temps pour que tout ceci ne fût ? Ma douce, ma si douce Saedis… Je t’en prie ne pleures pas. Maudit moi. Hurle-moi dessus comme tout à l’heure, avec cet irrésistible air fâchée qui te va aussi bien que le masque de paix ornant ton visage sur cette couche. Crache-moi au visage même, quand je t’aurais rendu la vie. Parce que tu vas accepter le marché, n’est-ce pas ? Dis-moi que tu accepteras. Frappe moi, crie, lance à mes trousses tous les malheurs de la terre si tu le souhaites. Hais-moi, autant que tu sembles m’aimer. Autant que je t’aime. Mais je t’en supplie… ne pleures pas encore une fois.

Remonter le cours effroyable du temps.
Laver l’offense.

Comme je voulais te faire l’amour. Si tu savais… si tu savais à quel point j’avais l’envie, la ridicule ambition de répondre à tes désirs. Tellement semblables aux miens. Sentir ta peau glisser contre la mienne, délivrés de ces frusques pompeuses. Simplement enlacés comme aux premiers jours après la Création. Plonger en toi, au plus profond de toi. Tendrement, amoureusement. Te posséder, suivre le mouvement ensorcelant imprimé à tes hanches, calquer le rythme de mon souffle sur celui de tes soupirs. Me perdre dans entre la moiteur de nos enveloppes charnelles et l’odeur insensée qui flotte encore dans l’air. Si seulement tu savais… Si je pouvais te dire.

Juste te rendre heureuse.
Une nuit.
Juste une nuit.

Ou plus longtemps encore. Je sens toujours ce désir là en moi. Aussi sûrement que les bagues à ton doigt ravivent le souvenir de cette mascarade involontairement mise en route, prévue de toute éternité bien que je caresse l’espoir détraqué d’avoir pu l’éviter. Espérance dont le spectre s’éloigne, flotte autour de moi en se riant de ma pathétique personne, comme on pointe du doigt le coupable des pires atrocités. Comme tu m’observe, entre stupeur et révolte muette. Accusatrice au regard assassin. Ne me regarde pas comme ça Saedis, par pitié. Je voudrais te dire que non, tu ne t’es pas trompée, que je suis bien celui que tu croyais digne de recevoir tes présents… Que je ne suis pas l’immonde salaud qui t’as ôté la vie en même temps que l’espoir. Ne jete pas ces yeux là sur moi. Pas aussi durement… Je veux encore qu’ils me chantent ce que tu tais depuis le jour où tu as passé la porte du cabaret. Qu’ils viennent trouver en moi l’écho, la réplique parfaite de la mélodie qui les emplissaient aujourd’hui quand tu les posais sur moi à la dérobée ou dans tes invitations à peine camouflées.

Mais c’est comme le reste. Comme tout le reste de ce que je me suis stupidement autorisé à imaginer. Envolé. Brisé par mes mains comme ton cou. Ton cou qui cache cette odeur capable de me rendre fou, de me faire presque tout oublier. Comme je voudrais que tes yeux bleus se posent encore sur moi pour répondre à tout ce que je ne peux dire.

Remonter le temps.
Effacer les fausses notes.
Changer le cours des choses.

Eike, jusqu’ici muselé par sa propre incrédulité, les mains tremblantes de surprise et de rage, partit dans un éclat de rire aux accents hystériques. Remonter le temps, songes tu, pauvre diable ? Alors elle n’aurait peut-être jamais existé, n’aurait jamais conçu à ton égard les languissants sentiments qui t’ont poussé à te compromettre à ton tour. Alors disparaitraient les moindres souvenirs de la chimère de votre histoire. Ces souvenirs auquel tu vas t’accrocher pour les années à venir comme un aliéné à son délire halluciné. Et tu préfères encore subir leurs cruelles morsures incessamment répétées que d’abandonner au Temps l’ébauche mutilée de ce qui n’aura jamais pu être.
Te souviens tu à présent à quel point cela fait mal… d’être humain ?

Son rire dément emplit jusqu’à la moindre parcelle de vide dans la pièce, se propageant comme une onde de choc suit une explosion. Violemment. Déchirant le silence qui pesait sur son corps comme la terre étouffe les sépultures des mortels que l’on y enfouit depuis la nuit des temps. Il riait. Autant qu’il pleurait en réalité à l’intérieur. Morts, lui et son espoir insolent. Aussi mort que Saedis allongée sur le lit, paraissant dormir du sommeil qui vient entourer les bienheureux, son fantôme à quelques mètres. Entre lui et le cadavre qu’il avait crée.

Puis l’hilarité désaxée se fana. Ne survécut que quelques secondes de plus, pareille aux quintes de toux qui secouaient les tuberculeux entre les murs des mouroirs à malades. A peine audible sur la fin, des points de suspensions qui semaient encore les traces de la peine et de la folie tout autour des malheureux pantins jouant la triste farce. Elle se mua en un sourire malsain, flambeau irradiant la douleur et l’absurdité qui se disputaient le sommet des marches dans l’esprit de celui dont remontaient la comissure des lèvres. Un rictus qui s’effaça à son tour pour ne plus laisser qu’un visage tendu, las et où se lisait une fêlure qu’il serait impossible de combler à l’avenir.

Un souffle s’éleva pour se joindre aux senteurs d’orchidée.

« Je suis tellement… »

Désolé ? Ta gueule ! Ne lui donne pas l’impression de t’être moqué d’elle encore plus qu’elle ne doit le penser. Ne fais pas ça. Même si tu en meurs d’envie. Même si ce qui sonnerait comme une insulte, comme un odieux mensonge ne pourrait pas être parole plus vraie que toutes celles que tu n’as jamais prononcées. Tais-toi, si tout ce que tu as à dire ne doive servir qu’à exprimer égoïstes remords. Reprends-toi. Évites de blasphémer en profanant l’amour que tu lui portes et celui qu’elle t’a donné sans se méfier.

Je t’aime.

Fais en sorte que jamais ces mots ne franchissent la porte de tes lèvres. Ce serait pire que tout. Pire que de la voir te détester jusqu’à la fin des temps et laisser mourir ses sentiments envers toi. Silence, silence. Respire et entame l’habituel discours de séduction made in Quanticum. Respire et mens, dis lui que ce n’est pas aussi terrible que ça en à l’air. Que tout peut s’arranger.

Mens comme tu respires, Eike.

Il en avait plus que l’habitude, le triste sire. Et pourtant… sa voix restait coincée au fond de sa gorge serrée, jusqu’à pratiquement l’étouffer. Droit et immobile, allant chercher une attitude assurée à la limite de l’arrogance dans des recoins de sa personne qu’il ignorait jusqu’ici, Eike inspira profondément. Lourdement. Avant d’arriver à enfin extirper les premiers sons des tréfonds de son gosier. Qui le brulait horriblement, asséché et désireux de ne plus jamais proférer le moindre mot qu’il n’aurait à parjurer.

« Bienvenue dans mon monde, Chérie. »


Le reste coula tout seul. Le premier pas est toujours le plus ardu, n’est-ce pas ? Il se vit ôter calmement la veste de costume qui couvrait ses épaules, venir la poser sur le lit derrière le corps de Saedis, sans le moindre regard à son ex propriétaire. Et se tourner vers l’apparition qu’elle était désormais, impalpable, sépulcrale. Lui sourire et se glisser dans les atours détestables du maître de cérémonie ravi de son petit effet.

« Des questions peut-être ? Des réclamations ? Vas-y…
Tu as encore quelques minutes avant de quitter ce monde définitivement, alors ne t’en prives pas. »


L’odieux sourire qu’accompagnait le ton doucereux et sarcastique qui enrobait la voix profonde du cavalier. Lui-même s’observait jouer ce rôle qui était le sien depuis des siècles, abasourdi de se montrer aussi infect et condescendant devant celle qu’il avait trompée.

Sordide.
Indécent.
Écœurant.

Il jouait avec elle à présent comme avec une poupée de chiffon incapable de protester.
Une partie de lui jubilait. L’autre maudissait jusqu’à la chienne qui lui avait donné naissance.

La schizophrénie promenait ses doigts malingres aux ongles acérés sur son corps comme il avait posé les siens sur Saedis...
Lacérant son esprit au passage et promettant que jamais pour lui ne viendrait plus la délivrance.
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Saedis Himinn
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MessageSujet: Re: [ 8 Friedhofstraße - Saedis Himinn ] Enfer & Paradis   Sam 30 Aoû - 19:59

Il riait… Saedis, pauvre poire, tu t’es faite avoir comme une souris par un chat qui faisait mine de dormir. Il a brisé ton corps, il a brisé tes rêves. Et toi, tout ce que tu voudrais lui dire à présent, c’est que tu l’aimes… Pauvre sotte. Indigne du corps que tu habitais, ton esprit est aussi étendu que celui d’une mouche morte. Elle rêvait de se relever, de retirer les bagues passées à son doigt. Sordide personnage, il avait tout calculé depuis le début. Depuis ce regard lancé au comptoir, cette proposition de shopping, il avait profité d’elle. Que faire ? Elle ne pouvait pas le frapper, elle n’en avait pas la porte.

Imaginez, un animal revenu à la liberté, parcourant les terres de ses ancêtres, les yeux brillants, pleins d’une énergie nouvelle. Il perd son souffle, il savoure enfin l’air qui lui fouette le visage. Lorsque soudain, une détonation, une douleur intense, la chute au sol. Un voile noir qui s’appose lentement sur les yeux vitreux qui enfin perdent l’étincelle de vie, le corps qui se détend puis se raidit.

Voilà comment Saedis sentait son cœur. Car peu importait si elle n’avait plus de corps, elle avait l’impression que son cœur la suivrait à jamais. Odieux personnage ! Des millions de scenarii passaient devant ses yeux. Lui griffer le visage jusqu’à le dévisager, l’étrangler, sentir ses os se briser sous ses mains, ouvrir sa poitrine, lui voler son cœur, s’enfuir avec comme un charognard et le dévorer puis se tuer. Idiote, tu es déjà morte. Et il avait apprécié les courbes de ton corps avant de te laisser tomber comme un vulgaire paquet. Tue-le ! Allez ! Mais comment, les fantômes ne peuvent pas tuer, mais ils peuvent rendre fou. Tiens, le voilà qui parle.

Ecoute le débiter ses âneries, regarde ses douces lèvres se mouvoir, ses yeux, ses cheveux, son si délicat visage, ses mains… Ressaisis-toi, c’est quand même lui qui est en train de se foutre de toi là. Tellement quoi ? Finis, bon sang, t’as rien dans le pantalon ou quoi ? Allez, ose me dire ce que tu es tellement. Tellement CON oui. Tellement immonde, écoeurant, excitant… Silence, vieux sentiments, cela ne te mènera à rien de ressasser tes envies, à part à la douleur éternelle.

Qu’est-ce que tu dis encore ? Le spectre de Saedis écoutait, sans rien dire, sans rien faire à part légèrement tenter de ce déplacer, de droite ou de gauche. Chérie ? Elle lui lança un regard noir, comment osait-il dire encore ça après ce qu’il lui avait fait. C’était comme plomber un pigeon et lui caresser les plumes juste après. D’une ironie douteuse. Qu’est-ce qui lui était passé par la tête de la zigouiller ainsi ? Une envie passagère ? Ce n’était pas le plus probable pourtant. Il n’en voulait pas à son corps, pas à ses bijoux… Ce n’était pas un fanatique des cheveux si des pieds… Qu’est-ce qu’il voulait ?

Le silence retomba dans la pièce, elle se mit à le fixer, au plus profond de lui, comme cherchant à lui arracher cette odieuse chose qui l’avait contaminé en si peu de temps. Quel est ce poison qui avait fait d’un Eike tendre et passionné ce fou qui l’avait achevée ? Quel filtre avait eu ce terrible pouvoir sur cet homme qu’elle se promettait pourtant de chérir entre ses bras…

Rien ne sortait, elle ne pouvait pas parler, son visage restait neutre, elle réfléchissait… Ou peut-être cherchait-elle à savoir quoi dire, à prendre son souffle. Ses prunelles sombres et éteintes, l’atmosphère rouge de la chambre se fit oppressante. Elle ne savait pas si c’était elle qui produisait cela. Aucune sensation, elle était morte. Lorsqu’en une fraction de seconde, son visage devint presque monstrueux.

Cri.

Un cri perçant faisait trembler les murs de la pièce. C’était assez dur de savoir d’où lui venait l’air qu’elle hurlait mais c’était tout bonnement si aigu que l’ampoule de la lampe explosa sous le choc. Ses petits poings serrés sur ses côtés donnaient au spectre une allure de ces banshies dont le cri est, dit ont : « si terrifiant qu’il glace le sang et blanchit les cheveux prématurément. On dit qu’il rappelle tout à la fois le hurlement du loup, le cri d’une oie sauvage, les pleurs d’un enfant abandonné et les plaintes d’une femme en train d’accoucher. » Bien entendu, cette description fantasque était difficilement décelable dans le cri que lançait Saedis, ou du moins son spectre. Au bout d’une bonne dizaine de secondes.

Ce ne fut qu’après qu’elle se mit à parler, une voix, étrange, mais toujours teintée de cet accent délicieux et nordique, dans un noir vaguement illuminé par les lumières lointaines de la Place…


« Tu me dégoûtes… C’est si facile de profiter d’une fille qui t’aime. Avoue-le t’en as profité. Odieux personnage. Je me demande comment je fais pour… T’aimer encore. Je le dis, maintenant que tu m’as tuée… Je t’aime Eike, je t’aime comme je n’ai jamais aimé personne. Tu vivras avec ce poids sur tes épaules jusqu’à ce que tu crèves. »

Le spectre avança jusqu’à Eike.

« Je t’aime Eike, peu importe si tu as profité, je t’aime, je t’aime… »

Sa voix déjà peu audible se perdit en un étrange écho…

Tu m’as abandonné.

Abandon : Action de rompre le lien qui attachait une personne à une chose ou à une personne.

Voilà comment elle se sentait, comme ces spectres que l’on croit voir errer sur leurs tombes abandonnées, en pleine destruction. Il n’y a que le ciel qui peut pleurer pour les abandonnés. Une pluie qui à présent frappait les carreaux et brouillait le peu de lumière qui entrait dans la pièce. Le fracas de l’eau sur le maigre verre rendait la pièce plus glauque et inquiétante encore.
Un spectre parlant avec un semblant de fou.

Comme dans ces pays où la drogue offre l’extase, la Mort lui avait donné un amour douloureux et une haine aussi grande. Amour, Haine… Elle ne savait plus dans quel monde il fallait qu’elle erre.


« Rends-moi ma vie, rends-moi mon innocence… Eike… Mon Cruel Amour… »

Oppositions, dilemmes, de quoi se frapper la tête, des nuits durant, contre les murs d’un asile sale et emplis de patients dont les crises vous rendent malade… Un cercle vicieux en somme.
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[ 8 Friedhofstraße - Saedis Himinn ] Enfer & Paradis
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